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Albert Tille

Albert Tille


En Suisse, 9% des personnes en âge de travailler sont pauvres. C’est ce que nous apprend la très officielle statistique fédérale. Il ne s’agit pas des quelques marginaux qui font la manche dans la rue. Non, l’essentiel de la pauvreté est ailleurs.

Elle touche 26% des familles monoparentales et 24% des couples ayant trois enfants ou plus. Avant le long week-end pascal, le Conseil fédéral a publié sa stratégie pour combattre cette précarité. Le volumineux rapport fédéral est passé presque inaperçu. Il était en concurrence avec les traditionnels poissons du 1er avril et son intérêt médiatique demeure limité. Car si le gouvernement y décrit la situation sans complaisance, les remèdes qu’il propose sont bien modestes et ne coûtent pas un sou à la caisse fédérale. Malgré les nouvelles rigueurs de la loi sur l’assurance chômage votées par le Parlement, le Conseil fédéral entend poursuivre l’effort de réinsertion des personnes sans emploi sur le marché du travail. C’est fort bien. Rien de concret en revanche n’est prévu à l’horizon fédéral pour venir en aide aux familles pauvres. On a déjà donné. Depuis janvier 2009, un minimum de 200 francs pour les allocations familiales est valable pour l’ensemble de la Suisse. Dès cette année, l’impôt fédéral direct prévoit des déductions pour enfants plus généreuses. Mais ces coups de pouce profitent à toutes les familles. Pour cibler les aides sur celles qui en ont le plus besoin, le Conseil fédéral s’adresse aux cantons. Il leur recommande de copier le «modèle tessinois». Depuis 1997, le Tessin accorde des prestations complémentaires substantielles aux familles pauvres. Une commission parlementaire tente depuis maintenant dix ans d’introduire les assegni di famiglia au niveau fédéral. Mais sans succès. Le Conseil fédéral constate qu’il y a blocage politique sous la Coupole fédérale. Les subsides donneraient un mauvais signal aux familles pauvres. Ils réduiraient les incitations au travail. Pour une majorité de parlementaires fédéraux, les mères élevant seules leurs enfants et les familles nombreuses ne seraient donc qu’un repère de fainéants. Argument indécent pour justifier le refus de la plus nécessaire des aides sociales.

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