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Juste l’essentiel…
Raoul Cruchon
Jules Chauvet était vigneron dans le Beaujolais. Sa particularité était d’avoir dans son bagage une solide et complète formation de scientifique. Ses brillantes études terminées, il est revenu sur le domaine familial pour y cultiver les vignes et vinifier les vins.
De nature curieuse, ce puits de science se monte un laboratoire méga performant. Il va chercher toute sa vie dans les entrailles du raisin, dans les tréfonds nébuleux des fermentations, dans les viscères obscurs des anthocyanes, dans le chaos pullulant des bactéries et des levures avec pour seule ambition de comprendre le vin pour mieux le révéler.
Ses travaux d’une grande complication ont été unanimement salués par la recherche officielle et par toute la profession.
Après une vie à tenter de comprendre le vin, Jules Chauvet, en dégustateur hors classe, a en quelque sorte conclu que le meilleur vin rouge était issu d’un raisin macéré entier, sans addition de sucre, non levuré, mis en bouteille sans soufre et sans filtration.
Une vie de recherche pour ramener le vin à l’essentiel, comme la nature nous l’offre, intrinsèque, pur et virginal, tout juste assisté par l’homme.
Un scientifique qui aboutit à une telle conclusion après avoir consacré autant d’énergie à cerner les phénomènes qui règnent sur le vin… ne pouvait être que vigneron!
Au demeurant, la leçon nous laisse pantois et nous replace dans notre petitesse face aux complexités du vivant que le vin sait si bien illustrer.
Elle rappelle aux œnologues de ne pas trop se disperser dans les méandres sinueux de la biochimie et les alcôves cérébrales de «l’oenoscientisme» car le risque est grand de se perdre dans ces labyrinthes et de passer à côté de l’essentiel, le goût du vin.
J’observe que, dans beaucoup de professions, la tendance est à intellectualiser le métier, à cérébraliser la formation, à conceptualiser l’apprentissage.
Du coup, la théorie passe avant la pratique, la bureaucratie remplace le savoir faire, la réflexion se substitue à l’action.
Comme nous l’enseigne l’épilogue des recherches de Jules Chauvet, il convient de maîtriser déjà l’essentiel… avant de nous risquer dans le maquis touffu d’une théorisation aveuglante.










