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L'Edito

Cédric Jotterand


Chaque semaine, le rédacteur en chef du Journal de Morges Cédric Jotterand évoque un sujet d'actualité qui a marqué les derniers jours. Réagissez à ses propos par mail: courrier@journaldemorges.ch

 

Les experts

 

Vendredi 16 Avril 2010

 

Il y a les «Experts», ceux de Miami ou de Las Vegas, qui ressortent toujours d’une explosion les cheveux impeccables. La Suisse n’aura jamais de tels héros qui courent après les voleurs en costumes trois pièces mais elle ne manque pas pour autant de «gens qui savent». Et ce qu’il y a de bien avec eux, c’est que ce sont à chaque fois les mêmes. Un gars abuse d’enfants ou se jette d’un pont et hop, Philip Jaffé débarque sur le plateau de Darius Rochebin. Un avion tombe et c’est Pierre Condom qui passe le matin dans le journal, à midi à la radio et le soir à la TV. Internet? Stéphane Koch! Le dopage? Martial Saugy! La crise avec la Libye? Hasni Abidi! La drogue? Olivier Guéniat, à croire que le sympathique flic de Neuchâtel est le seul en Suisse romande à s’y connaître dans le domaine. A des fins louables de vouloir mieux expliquer le monde et sa complexité, les médias n’ont pas multiplié ces fameux experts, mais seulement les avis de ce petit groupe de spécialistes – certes très compétents – mais dont la parole n’est jamais remise en question. A l’origine choisis pour élargir nos horizons, ils sont surtout en train de faire le tour de leur nombril plutôt que celui du monde dans lequel on vit.

 

 

La mauvaise réputation

 

Vendredi 2 Avril 2010

 

Mais que fait la police? A Morges, cette question reste ouverte depuis l’abandon du sondage sur l’insécurité.

Dans la foulée, la Confédération a publié ses chiffres, les cantons aussi et voilà que pour dix fois moins d’argent que ce qui était prévu ici, la gendarmerie se propose de réaliser le «diagnostic local de la sécurité» à Villeneuve.

Dans l’imaginaire collectif, il est admis que le pandore morgien passe l’essentiel de son temps à coller des «prunes» plus vite que son ombre, ce qui est évidemment faux.

Le rapport annuel du commandant l’a bien montré. Les situations complexes existent, mais Lucky Luke peut poursuivre sa retraite: Morges n’est pas le Far West! On peut encore y dormir tranquille malgré – et c’est un fait – des cambriolages, des dommages à la propriété et parfois une agression qui crée la colère.

On sait cependant tout du produit des amendes, moins du travail de terrain qui ne fait jamais l’objet de «publicité». Le week-end dernier pourtant, les policiers morgiens ont retrouvé puis interpellé un petit groupe de cambrioleurs qui avait sévi durant la nuit. Plutôt qu’un sondage virtuel, admettre que la criminalité locale existe mais qu’on sait aussi lui tordre le cou aurait sans doute bien plus de valeur.

 

 

Un pari génial pour le district

 

Vendredi 12 Mars 2010

 

Ça y est! Après avoir adopté ses contours en 2008, le district de Morges va enfin célébrer son baptême populaire via un spectacle itinérant qui risque de faire date. Si les assises rapidement mises en place, et dont la 4ème édition aura lieu demain à Cossonay, ont permis de tisser des liens entre les «politiques», il faut bien admettre que les citoyens n’ont pas encore bien saisi la différence qui existe sur leur territoire entre hier et aujourd’hui.

Administrativement, Internet a remplacé – à tort ou à raison – nombre de tâches qui imposaient jadis un déplacement dans les anciens chefs-lieux et il n’y a plus grand monde pour s’en émouvoir. En revanche, le web ne permet pas encore de boire «deux décis», le titre du spectacle, avec des voisins que l’on ne connaît encore pas bien mais qui risquent d’habiter bientôt la même commune. Car depuis la fusion des districts, nous avons sauté rapidement à l’étage des fusions de communes, souvent une évidence sur le plan technique. Reste la question de l’identité, que cette fête doit permettre de véhiculer pendant un mois, en espérant que le public réponde massivement présent.

 

 

Des larmes qui valent de l'or

 

Vendredi 5 Mars 2010

 

Dimanche soir, j’ai suivi pendant plus de deux heures la chevauchée fantastique de Dario Cologna sur les 50 kilomètres des Jeux de Vancouver. Alors qu’il n’avait plus qu’à lever le bras pour cueillir sa seconde médaille, l’as du ski de fond s’est tout à coup retrouvé sur les fesses à quelques mètres de l’arrivée.

Lundi matin, il était frappant de voir les visages des gagnants et des perdants dans les pages olympiques de nos journaux. Souvent pour un détail, le sportif a cette faculté de passer du héros au zéro – ou l’inverse – en une fraction de seconde. Sur le moment, la déception, pire encore l’humiliation, est énorme et peut prendre des années avant de s’en aller. Pourtant, lorsque Cologna est tombé, tout le monde a pensé à Joël Gaspoz ou à Pierre Delèze, tombés eux-aussi juste devant la ligne alors qu’ils avaient une médaille en poche. Style. On ne se souvient pas de tous les podiums des Jeux, de tous les exploits des athlètes. En revanche, sans qu’on sache vraiment pourquoi, ces perdants magnifiques que sont les Gaspoz, Delèze ou Collombin ont pris une place à part dans le cœur des supporters. En ce sens, leurs larmes, comme celles de Cologna, valent aussi de l’or.

 

 


Et s’ils se parlaient?

 

Vendredi 12 Février 2010

 

En décidant de livrer ses quatre vérités ici-même la semaine dernière, la «Ségolène de Pampigny» Agnès Martel a ravivé la polémique dans un village secoué par une affaire qui met surtout en lumière le désœuvrement, non pas d’un syndic, mais d’une population toute entière lorsqu’un dossier – et c’est de plus en plus rare - sort vraiment du train-train quotidien.

A ce lecteur qui nous reproche d’avoir mis de l’huile sur le feu - mais qui prend quand même la plume pour ajouter sa couche personnelle - nous pouvons dire qu’un journal, même local, n’a pas vocation à se voiler la face quand tout le monde parle de la même histoire loin à la ronde.

Qu’on le veuille ou non, l’affaire des Assenges ne s’est pas conclue avec le retrait du permis de construire dicté par la justice, d’autant plus qu’elle dépasse maintenant le cadre du village. Des députés s’en mêlent, des personnalités soulignent le courage de la dissidente quand d’autres fustigent son arrogance, ne pardonnant pas la tirade sur «l’enfant du village».

Tout cela est déjà allé bien trop loin pour finalement rien de plus qu’un bout de terrain. Il est désormais grand temps que tout ce petit monde se mette autour d’une table et se parle enfin, puisque tous assurent qu’ils n’ont qu’un seul but: le bien d’une communauté dont ils ont choisi librement de conduire le destin.

 


Le juste prix pour garder un enfant

 

Vendredi 5 Février 2010

 

Je vous entends déjà, derrière la page 3 de ce journal. Certains vont bondir contre la bureaucratie qui semble régner sur l’accueil de jour de la petite enfance, d’autres hausser les épaules en se disant que «si les mamans restaient à la maison, il n’y aurait pas tous ces problèmes…»

En voulant démocratiser la garde des petits, canton et communes pensaient faire un grand pas dans la modernité. Or, on a parfois l’impression que tout le monde se plaint, des parents qui paient plus cher pour la même prestation que l’an dernier aux communes qui n’ont pas davantage de places pour leurs contribuables depuis les changements.

Dans ce méli-mélo, difficile de dire qui exagère ou de pointer ce qui ne va pas, tant les exemples sont différents. A sa grande surprise, un couple de la région qui était persuadé de pouvoir mettre une croix sur ses vacances a finalement reçu une facture à la baisse, alors que des gens qui ont parfaitement les moyens de payer pour faire garder leurs enfants estiment que ce service devrait être offert à la population. Un vrai casse-tête.

Ainsi, toutes les personnes qui sont confrontées à «l’accueil de jour» tirent dans tous les sens et signent des pétitions. Pendant ce temps, et il faut bien l’admettre, les familles qui assurent elles-mêmes la garde de leurs enfants se retrouvent écartées de la discussion, sans subsides ni déductions.

 


Quelle retraite pour demain?

 

Vendredi 29 Janvier 2010

 

La retraite, c’est un sacré cap, chacun en est conscient. Mais alors que l’on devrait l’évoquer comme une chance, ce rendez-vous est surtout appréhendé sous l’angle des sous et des chiffres plus ou moins compréhensibles, à l’heure où la menace plane en plus sur le 2epilier.

Si l’on peut comprendre ceux qui s’inquiètent de savoir s’ils pourront toujours boucler les fins de mois ou s’offrir encore quelques plaisirs de la vie, il reste une question qu’on néglige sans doute un peu trop: que va-t-on en faire de cette retraite?

Car déconnecté de ce satané travail, il arrive que le vide réponde à l’appel, tout le monde n’ayant ni les pouces verts ni l’envie de lire toute la journée. De nombreux employeurs l’ont bien compris en proposant – cela peut faire sourire au début – des cours de préparation à la retraite, histoire de savoir où l’on veut aller quand l’autre moitié n’est plus son ordinateur mais son mari ou son épouse du matin au soir.

A lire les expériences présentées dans le Journal de Morges de cette semaine, la formule ne manque pas d’intérêt. Elle permet de se poser les bonnes questions en sortant, un temps au moins, des seuls soucis de chiffres.

 

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