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L'invité
Pietro Sarto
Pietro Sarto
Au cinéma, elle est envoyée comme argument suprême, en conclusion. Dans les débats télévisés, souvent, elle est servie en préambule et prend la forme de comparaison abusive mais apparemment acceptable. Le temps très limité de parole empêche la démonstration de sa fausseté. Ainsi les tables rondes tournent en rond dans leur pauvre rhétorique donnant l’illusion d’un brassage d’idées.
Par exemple, l’autre soir est abordé le thème-bateau: «Violence et télévision». Le premier à prendre la parole vous envoie comme vérité première: «C’est pas parce que Hitler a écrit Mein Kampf qu’il faut condamner tous les livres, de même pour la télévision!» Voyons de plus près cette énormité. Privilège de la presse écrite, prenons le temps. Inventée vers 1450, l’industrie du livre mettra cinq siècles pour se développer selon les besoins de l’humanité en quête d’instruction. Ce fut une longue lutte que d’apprendre à lire. Les pouvoirs ont résisté à l’esprit critique naissant. Etats, Eglises, censures, défendaient le privilège du savoir. Diafoirus latinise comme aujourd’hui on anglicise («Le Rolex Learning Center» fait bien, je suggère la «Riponne Place»), mais en fin de compte l’école obligatoire a plutôt bien réussi à éveiller les esprits et le livre en est le fondement. Il n’en va pas de même pour l’image. Au XIX siècle, de grands esprits écrivent des stupidités sur l’art et depuis, ça continue. La majorité des œuvres admirées dans nos musées sont des récupérations d’abord sifflées par les parleurs, et rien ne permet de penser que quelque chose a changé pour le proche avenir. Malgré cela le livre existe et résiste. En 1924, Mein Kampf est publié et c’est un flop de librairie, l’Allemagne est la nation la mieux instruite du monde et Hitler n’a aucun avenir, ses amis, Röhm le premier, l’abandonnent… Et c’est la crise de 29 qui va tout de même le porter au pouvoir. Le grand capital investit dans l’industrie de guerre, le mot d’ordre est: «mieux vaut H. que Staline». Les grandes installations de Speer à Nuremberg, les micros, les discours, la musique, les drapeaux, bref le spectacle ont fait basculer un peuple intelligent vers l’endormissement de tout esprit critique. Vinrent alors Nelly Riefenstahl et les Jeux olympiques de Berlin et c’est la première émission télévisée! Personne n’y était préparé. Depuis, certaines inventions ne sont pas suscitées par des besoins, mais les créent. Suivirent les autodafés de livres (cet ennemi de la grandiosité et de la religiosité). Mac Do et la télévision activeront l’obésité physique et mentale des masses. Restent la violence et la peur.









