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Noël: ça compte!

Jean-Paul Perrin


Vous voilà donc dans les starting-blocks. Etes-vous prêts? Alors partez! J’espère que vous avez d’abord passé à la banque, ou que vous avez retrouvé vos billets de 100 cachés dans «Les moutons de Panurge», vous savez, l’avant-dernier livre sur le rayon d’en haut de votre bibliothèque. Parce que vous allez devoir dépenser 1060 francs pour Noël.

Oui, c’est le très sérieux cabinet d’audits Deloitte qui le dit: 860   fr. en cadeaux, 156 en alimentation, et 76 en divertissements. Bon, si vous étiez Luxembourgeois vous en auriez pour 1738 francs, les Suisses allemands eux devant se contenter de 729 francs.

Ça sent la fête. Les marchands du temple s’excitent, on huile le tiroir-caisse, on change la pile de la calculatrice.

La fête? ça doit rapporter… Notre pensée actuelle est dominée par la priorité absolue du quantitatif. Notre imaginaire social, politique, médiatique, est colonisé par les chiffres, c’est-à-dire par les quantités. On n’éprouve plus la valeur d’une vie ou d’une situation, on la mesure. On compte. L’arithmétique règne sur l’actualité. Tout nous parle de quantités et de pourcentages. Et nous voilà devenus des statisticiens frénétiques de notre propre existence.

Taux de chômage et d’intérêt, variations de la bourse, sondages proliférants, courbes de vente, points d’audimat et nombre d’exemplaires vendus: l’essentiel de notre quotidien tient à des considérations chiffrées.

La croissance baisse, stagne, remonte. Le bonheur commence à 2% d’augmentation. La totalité du réel est ramenée à une seule de ses dimensions: l’économique. Or, quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clous. Et le marteau économique ne manipule plus que le plus ou le moins, le long ou le court, le gain ou la perte.

Le calcul chasse les légendes et les histoires, le compte se substitue au conte. Mais voici que Noël invite à la résistance, à une réflexion sur la fondamentale gratuité, à la lutte contre l’hégémonie de la marchandise. Parce que le vrai sens de la vie est ailleurs. Tous le savent. Tous l’oublient. Pourquoi? Parce que la Bonne nouvelle de la venue d’un Dieu fragile, comparée au produit national brut, ne pèse pas lourd dans la réalité de l’existence?

Mais la vraie réalité n’est-elle pas d’abord dans ce regard porté, au-delà des apparences, sur cet Enfant qui ravive l’espérance violente de tous les matins du monde?

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