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Une histoire de goût

Cruchon


De nos cinq sens, le goût est certainement celui qui nous distingue le plus les uns des autres. Cela tient au fait que bien d’avantage que la vue, le toucher ou encore l’ouïe, le goût s’affine et se complexifie avec l’âge.

 

Le goût, pour autant que nous le cultivions, va évoluer. Notre premier contact avec le goût est sucré. C’est la douceur du lait maternel, de l’Ovomaltine, des purées de pommes, de carottes et de toute la panoplie baby food de chez Nestlé. Puis notre goût va évoluer vers l’acidité, l’amer et finalement l’épicé. Plus la personne aura évolué dans son goût, plus elle s’éloignera du sucre pour rechercher l’acidité, l’amertume et l’épicé. Celui qui ne cultive pas son goût restera accroché par le côté flatteur, spontané mais simple de la nourriture édulcorée et il n’est pas à chercher bien loin le succès des sodas, des ketchups, de la cuisine fast-food et de toutes les sucreries en général.

Ainsi donc, nous sommes tous un peu différents dans nos goûts en fonction de l’importance que nous donnons à cultiver, développer, enrichir, complexifier ce merveilleux sens qui grandit par nos sollicitations et notre curiosité à vouloir régulièrement découvrir de nouvelles sensations.

Dans les vins aussi nous retrouvons cette hiérarchie. Ceux qui sont aromatiques ronds, souples et doucereux plaisent généralement à la clientèle jeune, débutante et à tous ceux qui ont peu développé leur goût. A l’inverse, la clientèle mûre voudra des vins secs qui ont une belle acidité et une fine amertume.

Difficile d’évoquer le goût sans dire son importance pour notre mémoire affective. Nous avons tous le souvenir de quelques plats qui nous rattachent à notre enfance, à la famille, aux amis, au pays. Rencontré dans le train, Roh-Moo est né en Corée du Sud. A trois ans il est adopté par une famille française. Le seul souvenir qu’il garde de son pays, la seule attache à ses racines, c’est un goût! Toute sa jeunesse il a cherché ce goût sans le retrouver. Adulte, il apprend le métier de cuisinier dans le secret espoir de renouer avec ce reliquat de mémoire, sans succès. Les circonstances lui permettent un jour de retourner chez lui, dans ce qu’il reste de sa famille. Là on lui sert des cocons de vers à soie caramélisés et à la première morse… Bingo! Des larmes ont coulé sur ses joues. Vive le goût!

 

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