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«Victor Hugo ne parle pas français»

Pietro Sarto


Après la capitulation de Sedan, Victor Hugo rentre à Paris après 19 ans d’exil.

La population lui fait un triomphe. On lui propose le pouvoir, il le refuse. Bismarck veut traiter avec un gouvernement légitime. Thiers (toujours lui) organise des élections. Victor Hugo, Blanqui et Garibaldi sont élus brillamment, mais la campagne vote à droite. Malgré les succès personnels, la gauche se trouve minoritaire dans ce nouveau parlement.

Une fois de plus, Victor Hugo doit se battre. La droite conteste la légitimité de l’élection de Garibaldi. On conteste son identité française. Pourtant il a levé des troupes, passé les Alpes et combattu pour défendre la France et ce qu’elle représente. Il est le seul général à avoir gagné ses batailles (il a sauvé l’honneur!); Victor Hugo soutient que l’identité française de Garibaldi est une évidence, fidèle entre les fidèles à l’esprit républicain, il l’a démontré…

Ici s’engage une querelle de sourds sur l’identité française et le vicomte de Longeville hurle «l’Assemblée refuse la parole à Victor Hugo parce qu’il ne parle pas français». Victor Hugo n’a plus qu’à se taire. La question de l’identité française s’est posée là, ce 13   mars 1871. Victor Hugo restera fidèle à Garibaldi, il démissionne, sa vie est en danger. A Bruxelles, c’est par une tentative d’assassinat que commence son deuxième exil. J’ai suivi de nombreux débats à la télévision à ce sujet. Personne ne rappelle ce fait historique. Cette journée du 13   mars où la myopie politique l’a emporté sur la largeur de vue et la générosité. Depuis Garibaldi, combien d’«étrangers» sont allés sur les champs de bataille sans distinction de couleur de peau pour défendre les valeurs républicaines! Que de noms «étrangers» sur l’affiche rouge de la résistance! Alors, l’identité française…?

Mais restons chez nous, ouvrons notre portefeuille, avec un peu de chance nous tombons sur un billet de 200   fr. Ramuz: en 1938, on lui demande «que pensez-vous de la France»? Il répond: «Je suis français, sans en avoir la citoyenneté. En disant cela, il ne reniait pas sa patrie: le canton de Vaud. Il s’en est longuement expliqué.

Le 100   fr. représente Alberto Giacometti. Lui, est resté suisse. Toute sa vie, il la passera à travailler dans son coin, seul à Paris. Le 20   fr. représente Arthur Honegger. Le grand compositeur né au Havre, suisse de toute évidence et de nationalité française.

Le 10   fr. porte l’effigie de Le Corbusier, Jeanneret de son nom. Neuchâtelois né à La Chaux-de-Fonds de nationalité française. Il aura les honneurs de funérailles nationales avec un discours du Ministre André Malraux en présence du général de Gaulle.

Le billet de 50   fr. , avec Sophie Täuber-Arp, grande figure de la peinture suisse, Bâloise ayant perdu sa nationalité helvétique en épousant Jean Arp. Donc française. Oui, à cette époque, les femmes épousant un étranger perdaient la nationalité suisse!!! Sans pouvoir la retrouver. Bien plus tard, les choses changeront.

A quoi ça tient l’identité nationale? Est-ce vraiment une question de passeport?

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