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Michel Boujenah: une furieuse envie de liberté

Sylvie Logean


INTERVIEW/ VIDEO Pour son dernier one-man-show «Enfin libre!», Michel Boujenah a ressenti le besoin de pouvoir évoluer en liberté sur les planches, loin des carcans et des contraintes. Pour ses 30 ans de scène, l’artiste a décidé de se révéler tel qu’il est vraiment.

Dans la voix, Michel Boujenah a cette petite pincée de je-ne-sais-quoi. Une pointe de nostalgie, un brin d’émotion. Un clown triste, Michel Boujenah? Difficile de répondre. Par pudeur sans doute, l’homme oscille en permanence entre sa perception de la vie et sa vision de la scène, de son travail. Même si «un spectacle, ça ne se décrit pas. Ça se vit… ça se ressent!»

Voilà déjà un an et demi que l’humoriste tourne dans toute la France, mais aussi en Suisse et en Belgique avec son dernier spectacleEnfin libre!Sur scène, Michel Boujenah laisse justement la place au ressenti du moment. Entre travail d’écriture et improvisation, l’acteur dissèque avec tendresse les rapports entre hommes et femmes à travers le regard de personnages récurrents ou par ses propres yeux. En toute honnêteté, face au public partagé entre rires et émotions, l’humoriste aborde de nombreux sujets sans carcans préétablis, sans contraintes, au gré de ses envies…

Joint sur les routes, entre deux théâtres français, l’artiste s’est prêté au jeu des questions-réponses. Il nous confie ses envies de liberté sur scène, sa volonté de radicalement changer de registre et son amour pour les planches de Beausobre, qu’il retrouve toujours avec autant de plaisir.

- Michel Boujenah, votre nouveau spectacle,Enfin libre!se veut très différent des précédents, en quoi est-ce le cas?

-Dans mes anciens spectacles, il n’y avait qu’un seul thème pour fil rouge. DansEnfin libre!j’aborde différentes thématiques, cela part dans tous les sens. Je pense que j’apporte quelque chose qui coupe avec ce que j’ai fait avant, tant sur la liberté de ton, du jeu scénique, que de l’imaginaire.

- D’où vous vient cette envie de liberté que vous proclamez dans le titre de votre one-man-show?

- J’avais un profond besoin de lâcher prise par rapport à la scène, mais aussi par rapport à la vie tout court. A un moment donné de l’existence, il ne faut plus réfléchir. Il faut se laisser aller complètement. Mes précédents spectacles étaient le fruit d’un grand travail. Là, je me permets de parler de certaines choses dont je n’osais pas parler avant.

- Et quelles sont ces choses que vous n’osiez pas évoquer?

- Les gens dans la rue, parler de neurobiologie, réciter une poésie sur scène, penser que l’amour est un grand mensonge… Vous ne pensez pas que l’amour est un grand mensonge? Tenez, lorsque l’on est fou amoureux, on a envie d’être pour l’autre ce que l’on veut pour soi. On est capable de dire que l’on adore le bateau, alors qu’en fait on a le mal de mer. Et lorsque l’on monte sur un bateau et qu’on a vraiment le mal de mer alors on a envie de tuer l’autre. Tout cela quand on aime, ce n’est pas grave. Mais qu’on aime plus, ça devient problématique. C’est pour cela qu’on en arrive à dire qu’on ne connaissait pas vraiment l’autre. Vous savez, ce spectacle est très bizarre, c’est un vrai tableau de ma vie. C’est à la fois un point sur une longue phase de mon existence qui a duré des années et la mise en place de nouvelles envies. En même temps, je n’ai pas changé, c’est pour cela que je n’ai pas de peine à faire revenir des personnages qui sont déjà apparus dans mes autres spectacles.

- Dans Enfin libre! vous abordez des thématiques telles que la difficulté d’être soi-même, de s’accepter comme on est… Cela se retrouve dans l’écriture si particulière de ce spectacle qui est davantage proche de vous, non?

- Oui, tout à fait. Ce spectacle est tourné vers les autres, mais c’est sans doute aussi le plus autobiographique de ma carrière. Toutefois, j’aurais beaucoup de mal à vous expliquer pourquoi j’ai écrit les choses de cette manière. Je pourrais peut-être le dire dans 20 ans. Mais quoi qu’il en soit, je ne fais pas une forme de psychanalyse sur scène. Je raconte des histoires en ne sachant pas toujours ce qu’elles veulent dire.

- Vous laissez également une grande place à l’improvisation. Comment abordez-vous cette forme de jeu scénique?

- L’improvisation, dans ce spectacle, c’est un peu comme un chorus dans un morceau de jazz. Parfois je change, parfois je garde le même d’un soir à l’autre. Une chose est sûre, je suis toujours sincère sur scène. De toute façon, vous savez, quand je fais un spectacle, je ne suis pas très conscient. J’agis. Je suis à un point où je ne contrôle pas tout à fait. C’est un peu comme lorsque l’on court, la foulée est mécanique et au bout d’un moment on ne réfléchit plus à ce que l’on fait. L’esprit vagabonde, le plaisir prend la place. Ce qui n’enlève toutefois en rien la maîtrise de ce que l’on fait.

-Après presque 30 ans de carrière, avez-vous toujours autant de plaisir à fouler les planches?

- Le jour où le plaisir n’est plus là, alors il faut arrêter de travailler. Cela serait horrible de m’imaginer faire ce métier uniquement pour gagner ma vie. Je serais très malheureux. Les rares fois où je n’avais pas envie de jouer durant ma carrière restent gravées en moi comme des souvenirs horribles. Malheureusement, personne n’est à l’abri.

- Parlons de Morges, où vous allez jouer le 19 juin prochain. Vous êtes un grand habitué de cette scène…

- Non, je ne suis pas un habitué, j’y suis comme à la maison! Je suis extrêmement attaché aux gens qui ont dirigé ce théâtre pendant très longtemps. Et puis Beausobre c’est une atmosphère particulière, un public qui m’aime bien depuis mon arrivée, avec qui il y a une complicité, une tendresse. C’est un endroit dont je suis tombé amoureux, et l’un des rares au monde où je suis content d’arriver, où je suis ravi d’être sur scène. Par contre je ne connais pas très bien la région. Mais c’est très joli quand il fait beau.

 

 

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