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Polar: «J’aime jouer hors des grandes villes»

Camille Destraz


CHANSON Le chanteur helvético-irlandais Polar sera en concert à Cossonay le 19 mars. En trio, et majoritairement en français, comme dans son dernier album «French songs». Interview

Polar – de son vrai nom Eric Linder – sillonne la Romandie et le reste du monde depuis une douzaine d’années. Mi-Suisse, mi-Irlandais, son cœur et sa voix balancent entre le français et la langue de Shakespeare. Quelques jours avant son passage au Théâtre du Pré-aux-Moines de Cossonay, le chanteur nous parle de sa carrière, de la scène, et de sa manière d’aborder son métier avec une sensibilité à fleur de peau.

- Il y a une année, vous avez sorti votre premier album entièrement en français, «French songs». Que vous a apporté cette démarche?

- C’était très important par rapport à ma culture. J’ai grandi dans un environnement anglophone. Mais, vivant à Genève, la langue française a toujours été présente. J’ai collaboré avec des artistes comme Miossec et Cali, ils m’ont encouragé à explorer ce bout de culture que j’avais écarté jusque-là. Le fait de chanter en français m’a permis de découvrir un rapport plus direct avec les gens. Il ne faut pas se leurrer, quand je chantais en anglais, les gens étaient plus attachés aux mélodies! Par contre, c’est sûr que l’anglais me permettait de jouer sur d’autres territoires…

- Vous avez l’impression de faire partie d’une autre famille?

- Complètement! Mais c’est une exploration artistique. Je n’ai jamais cessé d’écrire en anglais.

- Et en concert, vous mélangez le tout?

- Oui, mais j’ai une proportion supérieure de chansons françaises. Mais c’est sûr que pendant ma tournée aux Etats-Unis en octobre, j’ai privilégié l’anglais…

- Dans le processus de création, où êtes-vous le plus à l’aise? En composant dans votre coin, en studio ou devant votre public?

- Dans tout ça, il y a des étapes, un processus assez complexe. Le processus d’écriture des chansons, c’est une mise à plat des choses qui se passent dans ma vie, des polaroïds. C’est comme un carnet de bord. J’adore enregistrer un album, mais j’ai eu des souffrances, de la pression… Ça m’est arrivé de le vivre mal. Ensuite, il y a l’excitation d’adapter ces chansons à la scène. Il y a une certaine euphorie, puis tu te heurtes aux contraintes des arrangements. C’est tout un travail de réappropriation. Bref, mon travail d’auteur-compositeur est constitué de moments d’euphorie, de moments très difficiles, et de remises en questions très fortes. C’est aussi une aventure humaine, comme un grand voyage.

- Avec toutes ces souffrances, y a-t-il un moment où vous parvenez à vous libérer?

- Oui, passé le cap des premiers concerts, quand on part tourner un peu partout, c’est là qu’on rentre à fond dans les chansons, qu’on se détache de la réflexion. Et là, c’est le relâchement!

- Vous jouez autant dans les théâtres que dans les festivals open air. Où va votre préférence?

- J’ai énormément de plaisir à jouer dans des endroits insolites, différents. Hors des grandes villes, je vis de beaux moments. Tout concert est une belle aventure, mais j’affectionne particulièrement les petites salles, les théâtres.

- A quel genre de spectacle aura droit le public de Cossonay?

- On sera en trio, acoustique avec percussions, guitare sèche et un multi-instrumentiste qui joue de la basse et du piano. Le trio, c’est très direct, j’aime cette formule plus dangereuse! Avec cette série de concerts de mars-avril, on va préparer quelque chose de nouveau, réaménager, réarranger, c’est excitant. Mais je ne verrouille jamais mon répertoire, je ne joue jamais deux fois le même set. Dans les lieux intimistes, j’aime jouer avec les gens, leur demander ce qu’ils ont envie d’entendre! C’est plus aventureux.

- On vous a vu en duo avec Cali aux Docks, et avec DJ Zebra au Paléo. Vous invitez parfois des amis chanteurs à vos concerts?

- J’adore collaborer! Ils m’invitent souvent, quand ils passent en Suisse. Je ne sais pas encore si j’aurai des invités à Cossonay…

- Votre référence scénique absolue?

- Celui qui m’a le plus influencé et touché, c’est Neil Young. J’aime sa liberté, ses axes acoustique et électrique. Et plus récemment, j’ai découvert Nina Simone. Je regarde ses concerts fiévreusement sur le net! C’est extraterrestre! Je n’ai rien vu d’aussi puissant. Elle s’autorise une liberté, elle joue, elle s’arrête, reprend, parle aux gens. Elle est à fleur de peau. C’est presque impudique de livrer une telle émotion! Dans certains concerts, j’ai réussi à vivre mes chansons de manière complètement libre. Et là, l’émotion prend le dessus… C’est pour ça que je fais ce métier!

 

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