Culture
commander la photo

Sébastien Vuignier, fournisseur de rock


Ex-programmateur au Paléo, il a créé sa propre agence d’artistes, et fait venir en Suisse des stars de la pop et du rock. Il nous accueille dans son appartement des hauts de Lonay.

 

Lonay

Dans l’appartement lonaysan de Sébastien Vuignier, pas de posters de stars du rock accrochés aux murs. Mais le thé est servi dans une tasse «Musiques en stock», et l’Ipod est déjà chaud depuis quelques heures.

C’est dans ce cocon, au cœur des vignes de Lonay, que vit ce jeune quadra très relax. Pourtant, il gère un catalogue de 120 artistes internationaux (dont Paolo Nutini, Arctic Monkeys, Duffy, Portishead…). Gérer, c’est-à-dire «organiser ou vendre des concerts en Suisse». Et, excusez du peu, c’est lui qui, début novembre, a organisé le concert d’Amy Macdonald au Hallenstadion de Zurich. Un coup de maître, avec 13 000 spectateurs au rendez-vous. «La première fois que je l’ai fait venir en Suisse, il y a deux ans, elle a joué devant 500 personnes.»

Son agence baptisée TAKK – «ça veut dire merci en Islandais et c’est le nom d’un album de Sigur Rós!» - il l’a créée en 2009, quinze ans après ses premiers pas dans le métier. A l’époque tour manager du groupe genevois Maniacs, «je déchargeais le matériel, le rechargeais, encaissais le cachet. J’aimais ça, mais je n’envisageais pas d’en faire une carrière!»

 

Scène underground

Mais en 1996, les choses sérieuses commencent. On lui propose le job de programmateur à l’Usine de Genève. «Ça a été une super école. Là, tu fais tout! Programmation, administration, gestion des contrats, accueil, relation avec les médias… Sans oublier l’aspect politique, puisque l’association PTR - Post Tenebras Rock - est subventionnée par la Ville.»

Pendant quatre ans, Sébastien Vuignier se frotte à la scène underground dans toute sa splendeur. Anecdote qui fleure bon la rock'n'roll attitude: «On accueillait le groupe punk anglais Exploited. On les attendait à 15 heures pour le soundcheck, le concert était à 22 heures. A 21 heures, toujours pas de groupe, et 400 punks attendaient devant l’Usine. On a remboursé les gens, ouvert le bar, et à 22 heures Exploited a débarqué! Ils ont dit qu’ils avaient été pris dans des bouchons, que leur bus était en panne, bref… Ils ont fini par jouer. A la fin du concert, je tape sur l’épaule du chanteur et il crie «aïe!». En fait, ils s’étaient tous arrêtés à Bâle l’après-midi pour se faire tatouer…»

En 1999, Sébastien bouge du côté de l’Asse, à Nyon. Il devient assistant à l’agence de concerts Nouba, créée par Paléo. Et fait partie de la commission de programmation du festival. «Je bookais quelques artistes, mais sans responsabilité, ni rôle précis, j’ai assez vite tourné en rond.»

En 2001, il se laisse tenter par la programmation du Cargo de l’Expo.02. «J’ai pris un risque. L’Expo était décriée, tout le monde disait que ce serait un fiasco… Mais j’y ai fait jouer tous les artistes avec lesquels je travaillais, comme Arno, Saian supa crew, Sonic Youth… J’aurais pu perdre ma crédibilité! Finalement, le Cargo a emporté un gros succès, et ça s’est transformé en super carte de visite.»

 

Sacré challenge

A la tête des events d’Expo.02, Daniel Rossellat ne perd pas une miette de cette victoire musicale. «Il m’a dit: tu fais quoi après?» Et le big boss du Paléo propose à Sébastien de prendre les rennes de la programmation du festival, en tandem avec Jacques Monnier. Un sacré challenge, une énorme pression, des satisfactions, et des déceptions… Comme l’expérience de l’annulation de la venue de David Bowie. «35 000 personnes avaient acheté des billets… et on ne remplace pas Bowie! C’est un maître, respecté, populaire, il a tout! Ça a été trois semaines de galère pour trouver des solutions.»

Six années et une bonne poignée de concerts plus tard, Sébastien Vuignier réfléchit à son parcours. Et se dit qu’«être indépendant, monter son truc, c’est incomparable». C’est que ce Valaisan d’origine vient d’une famille d’entrepreneurs. «C’est inné!» Un père qui a monté «la plus grosse boîte de récup de Suisse», un grand-père fondateur d’une entreprise de démolition, un grand-oncle créateur de la Swissminiatur, dans le Tessin… et TAKK! Voilà «Seb» aux manettes de son agence de concerts, galopant d’une salle de concert à l’autre, sillonnant la Suisse. «Les gens me demandent toujours comment j’en suis arrivé là. Mais je n’ai pas fait de plan de carrière. C’est venu de fil en aiguille. J’ai une chance extraordinaire!»

 

Dernière galerie

articles récents

articles les plus lus

Tous les articles les plus lus

Evenement