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Yvan Schwab: un dévoué hors du commun
PIERRE MASSON
Metteur en scène, comédien, conservateur du Musée Forel, enseignant passionné par l’histoire de l’art et l’architecture, Yvan Schwab a été distingué par la Ville pour son engagement inlassable à la cause culturelle.
Avec un grand-père pasteur qui l’initie à l’art pictural, et un père enseignant en français, ce Veveysan d’origine pouvait difficilement échapper à son destin. Ses débuts sur les planches, il les effectue au sein de la troupe du collège puis, bientôt, au théâtre des Trois P’tits Tours, qui fête cette année ses cinquante ans, et auquel son nom est inévitablement associé. Théâtre qu’il a ardemment défendu au moment où celui-ci - on a tendance à l’oublier - était menacé de disparition. A la fin des années 80 d’abord, où la cohabitation avec le Théâtre de Beausobre, nouvellement créé, remet en cause les subventions communales. «On en rigole aujourd’hui avec Jean-Marc (ndlr: Desponds), mais les relations étaient tendues à l’époque. C’était David contre Goliath…» Au début des années 90 ensuite, lorsque la petite troupe, contrainte de quitter son caveau de la rue des Vignerons, se retrouve sans local. Pétitions, courriers dans la presse: Schwab et ses amis montent au front, prenant vigoureusement à parti le syndic de l’époque, Jean-Michel Pellegrino. Une solution sera finalement trouvée.
Engagement culturel sans failles
Très attaché à sa ville d’adoption, la vie de ce fringuant quadragénaire se résume presque entièrement à son engagement culturel. Tout juste avoue-t-il un goût récent pour les voyages (les grandes villes européennes, mais aussi le Japon et l’Ouzbékistan), avec sa compagne, comédienne elle aussi. «Mais nullement comme une quête initiatique à la Bouvier. » Discret, modeste, affable, Yvan Schwab a dû quelque peu forcer sa nature pour devenir ce qu’il est. Sur les planches, il avoue un trac que le temps n’a pas estompé. Raison pour laquelle il privilégie aujourd’hui la mise en scène au travail de comédien. Un timide qui se soigne? «Un journaliste m’a une fois collé cette étiquette, mais je ne crois pas l’être. Je suis peut-être réservé, mais avant tout conciliant et curieux. » Grand lecteur (il a lu toute l’œuvre de Musset et du Colombien Gabriel Garcia Marquez), il n’a pour autant jamais été tenté par l’écriture. «Je n’ai pas une plume, et il y a tant de choses à accomplir encore comme metteur en scène…»
Ses goûts éclectiques se reflètent dans la programmation des TPT, son tempérament dans l’art de diriger les comédiens. Il l’admet volontiers: il n’est pas un novateur, encore moins un provocateur. Il accorde en revanche une grande importance aux sonorités des mots et au visuel. «Il a une lecture très intelligente des textes», assure Stéphane Paccaud, comédien et enseignant. «C’est aussi quelqu’un de très fédérateur, qui sait mobiliser ses troupes, et sortir les émotions des comédiens. » Schwab défend aussi l’idée d’un art théâtral populaire, théorisée par l’auteur morgien René Morax auquel il a consacré son Mémoire de licence. «Ce qui ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi, on propose aussi des choses plus pointues. Mais la culture ne doit pas être prisonnière d’une élite. »
Infatigable, Yvan Schwab s’engage en politique en 2001. Moins par goût pour la chose publique que pour servir, encore et toujours, la cause culturelle. Il a eu un jour cette formule heureuse: «On peut utiliser la politique en faveur de la culture. Mais on ne doit pas utiliser celle-ci pour faire de la politique. » L’élu socialiste - et le conseil de fondation avec lui – s’est battu pour sauver le Musée Forel - dont il est depuis 1999 le conservateur – qui nécessitait d’importants travaux de rénovation et d’extension (200 m2 de surface ont été gagnés). Mais les résistances ont été nombreuses. «La culture, c’est comme la liberté ou la démocratie: il faut se battre pour la préserver. Rien n’est acquis. »
Magnifique bâtisse au centre historique de la ville avec en son cœur, une cour à l’italienne, le musée Forel ne pouvait que séduire ce passionné d’architecture. Il a la charge d’organiser les expositions temporaires avec toujours pour objectif de mettre en valeur le très riche patrimoine morgien, en «résonance avec le lieu». «Je n’ai pas carte blanche, mais le conseil de fondation a pour l’instant toujours validé mes choix. »
Passion de l’architecture
Quand il n’est pas au musée (il y travaille à mi-temps) ou au théâtre, il enseigne l’histoire de l’art en option spécifique, au gymnase de Morges. Avec au programme des cours d’architecture qui est - beaucoup l’ignorent – son autre grande passion après le théâtre. «Si j’avais une seconde vie, je ferais architecture! Enseigner est un privilège, je ne fais vraiment pas ça pour payer mes fins de mois. Certains élèves iront à l’ECAL ou seront de futurs designers. C’est très gratifiant de pouvoir susciter des vocations…»
Biographie express
1988 : Première mise en scène au théâtre des Trois P’tits Tours pour le spectacle «Métropolitain»
1992 : Enseignant au gymnase de Nyon
1992 : Devient responsable artistique du théâtre morgien. Nombreuses collaborations avec des comédiens professionnels, dont Claude Thébert, son mentor
1999 : Succède à Nuria Gorrite comme conservateur au Musée Forel
2001 - 2006 : Elu chez les socialistes au Conseil communal
2003 : Reprend l’enseignement au gymnase de Morges









