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Témoin du passé et complice du présent

Jean-François Reymond


ETAPE 1 La cabane du Cunay

C’EST OÙ? Sur la crête, à mi-chemin entre le col du Marchairuz et le Mont-Tendre.

C’EST HAUT? La cabane est à 1588 m tandis que le Mont-Tendre culmine à 1679 m.

C’EST COMBIEN? Comptez environ 2 h 30 de marche depuis le col. Parcours balisé.

Une cabane du Club alpin sur des crêtes jurassiennes? Cela semble, de prime abord, une complète hérésie… Pourtant, en y réfléchissant bien, c’est vraiment une pure logique qui a inspiré, dès les années 1920, une équipe de Combiers, férus amateurs de montagne et d’alpinisme. Déjà, il existait un groupe de jeunes hommes du Brassus qui avaient fondé leur Club Edelweiss et qui comptaient plusieurs belles ascensions dans les Alpes à leur actif. Mais Jean Piguet, un horloger, décide de franchir une étape supplémentaire. Il bat le rappel dans toute la Vallée pour trouver un nombre suffisant de membres pour fonder une sous-section du Club alpin suisse, la section vaudoise étant typiquement celle des Diablerets. L’enthousiasme est tel que le 28 mars 1923, les alpinistes combiers sont agréés par la section mère. Et en 1944, la sous-section Val de Joux devient une section à part entière sous le même nom.

Un lieu de rencontre

Toujours dans la même logique, on aspire à pouvoir disposer d’un propre lieu de rencontre surtout que les effectifs ne cessent de grimper. Après l’utilisation d’une chambre dans le chalet d’alpage du Petit-Cunay, l’idée de construction d’une vraie cabane fait son chemin. Après bien des discussions, un site est retenu non loin de là, pour lequel la commune de Bière donne son aval par une convention d’utilisation du terrain. Quelques modestes subventions sont accordées et l’édification peut commencer, en 1928, dès que les conditions printanières le permettent. Des entreprises combières et birolandes font un travail soigné et surtout très prompt puisque l’inauguration est fixée en octobre de la même année! Mais le succès est tel qu’on regrette déjà de l’avoir construite si petite. La vie de cette cabane est donc caractérisée par une succession d’améliorations, d’équipements et de modernisations.

Plusieurs agrandissements

Deux agrandissements majeurs ont été réalisés: le premier en 1937 qui voit la construction d’un couloir d’entrée pour éviter le problème de l’accumulation de la neige (parfois jusqu’au toit) juste devant la porte d’entrée! Le second est nettement plus récent puisqu’il date de 1982, année où la cabane est carrément doublée de volume avec la construction d’une deuxième salle sur l’arrière, d’un deuxième dortoir et l’installation de toilettes chimiques à l’intérieur de la cabane. Soit un luxe inespéré auquel on ajoute encore l’éclairage solaire grâce à des panneaux photovoltaïques et qui, à ce moment-là, faisait encore œuvre de pionnier.

Elle a quatre-vingts ans!

C’est donc en 2008 que la cabane du Cunay a fêté son 80e anniversaire. A cette grande occasion, une édition spéciale du Bulletin de section lui est consacrée pour marquer de façon indélébile la commémoration qui a eu lieu ce fameux dimanche 7 septembre. La présidente de la section, Brigitte Longerich, de Saint-George, ne tarit pas d’éloges dans son allocution, n’hésitant pas à employer des expressions qui devraient s’inscrire dans la postérité, comme «bonheur cunaysien» ou encore «un témoin du passé, complice du présent et repère pour l’avenir»!

Le bonheur «cunaysien»

De biens jolis mots qui décrivent à merveille ce havre de paix, là-haut sur les pâturages les plus reculés du Jura vaudois où le temps semble s’être effectivement arrêté devant un magistral panorama qui s’offre sur toute la chaîne des Alpes. Dès lors, le lien avec le monde alpin est bouclé!

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