Région

Blaise Hofmann: «On a tous une Assoiffée en nous»

CÉDRIC JOTTERAND


L’enfant de Villars-sous-Yens et prof au gymnase de Morges, Blaise Hofmann publie son troisième ouvrage qui parle de la vie qui bascule. Rencontre au café.

Morges

Il est jeune Blaise Hofmann, mais sa vie se déroule en accéléré. Son carnet de voyage Billet aller-simple avait retenu l’attention, avant que son premier roman Estives ne crève l’écran, Prix Nicolas Bouvier 2008 à la clé. Après avoir parcouru les bords de la Méditerranée pendant six mois, le revoilà les pieds sur terre à Morges, où cet aspirant prof du gymnase de Marcelin s’apprête à lancer son nouvel ouvrage, L’Assoiffée, présenté le 23  février aux Trois P’tits Tours.

– Blaise, votre roman parle d’une fille qui s’échappe de sa vie, alors qu’après beaucoup de départs, vous êtes de retour au bercail. C’est un acte par procuration?
J’ai l’impression d’être plus en voyage depuis que je suis fixé ici. Je rencontre des gens intéressants, il y a les élèves, des projets. On verra bien comment ça tourne, si l’enseignement est ma voie. Ce qui est sûr, c’est que je vais trimbaler l’écriture toute ma vie. C’est ce qui me tient ensemble.

– Après avoir vécu le contenu de vos deux premiers livres, pourquoi avoir choisi la fiction pour parler des SDF plutôt que d’y aller?
Ce thème du sans domicile fixe, du vagabond, me choque et je me suis rendu rapidement compte qu’expérimenter leur vie pour la seule fin d’écrire aurait été irrespectueux. Plutôt que de décrire leur état, je me suis penché sur le long glissement qui mène d’une vie normale jusqu’à la rue. C’est souvent involontaire, mais ça arrive quand même…

– Vous pensez vraiment qu’on peut un jour prendre son vélo et lâcher sa vie, quitte à la perdre?
Je crois que nous avons tous une Assoiffée en nous. Un bout de notre être qui veut s’éclater, aller au bout de ses envies. Maintenant, tout le monde ne se donne pas la permission de se réaliser sans poser des limites.

– Au-delà de l’héroïne, c’est la description des lieux qui frappe, cette précision…
Je suis allé dans chaque endroit, de Lausanne à Paris et j’ai noté ce que je voyais: l’église, la ferme, un panneau routier, un enfant qui joue. C’est ma façon de travailler, en m’appuyant sur des petits morceaux de la réalité pour raconter une histoire.

– Le succès du livre précédent vous a-t-il ouvert des portes?
C’est difficile à dire, mais je l’espère. Je suis en attente des retours, ce qui est toujours un grand mystère lorsque ce que l’on a écrit ne nous appartient plus. Les premiers échos sont positifs et je me réjouis des lectures en Suisse romande, du Salon du livre et des rencontres que j’affectionne.

– Et vous avez encore le temps de jouer au foot entre deux livres?
(Il sourit) Qui vous a raconté ça? Je joue avec des copains au FC Tolochenaz et c’est aussi un des plaisirs de la vie, ces choses simples que chacun recherche.

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