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Brel hante Cossonay
Camille Destraz
Magnifique challenge ce week-end, au Théâtre du Pré-aux-Moines de Cossonay. Les chansons de Brel sont revisitées par de jeunes musiciens. Reportage en répétition et rencontre avec les créateurs du spectacle.
Cossonay
Depuis quelques jours, l’esprit de Jacques Brel plane au-dessus du théâtre du Pré-aux-Moines de Cossonay. Les voix de trois jeunes hommes, celles de quatre jeunes femmes, et les notes d’un trio piano-contrebasse-batterie invoquent le Maître.
«Quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage au jour du grand voyage…» Les sept chanteurs âgés de 20 à 25 ans répètent et répètent encore, les partitions sont éparpillées sur la scène. Face à eux, le pianiste et arrangeur Guy-François Leuenberger (photo) dirige et cherche l’équilibre si fragile de l’harmonie musicale. Ce soir, c’est la première publique de «T’es pas tout seul», sa création particulièrement audacieuse autour des chansons de Brel.
Depuis petit, cet enfant de Cossonay gardait ce projet dans un coin de sa tête. En pleine répétition, il quitte son tabouret de piano et saute de la scène pour nous expliquer sa démarche. «Je pensais que c’était impossible à réaliser!» avoue le jeune homme de 27 ans, les yeux bleus et ronds comme des billes. «Je pense que ça fait du bien d’entendre les chansons de Brel en live. On oublie à quel point cela apporte une sacrée émotion.
De son côté, le metteur en scène Gérard Demierre, qui s’est enthousiasmé pour le projet, confirme: «C’est culotté d’attaquer Brel! J’ai eu un réel coup de cœur. C’est magique pour les oreilles. Ce spectacle n’est pas là pour dépoussiérer Jacques Brel, mais pour l’aborder différemment.»
Le début de cette aventure remonte à plus d’un an et demi. Guy-François Leuenberger - pianiste depuis l’âge de 8 ans - montait alors un petit répertoire de chansons de Brel au café du Conservatoire de Lausanne. L’expérience positive lui donne envie de pousser le bouchon un peu plus loin. Il fait passer des auditions vocales, et sélectionne sept chanteurs et chanteuses – six lyriques et une chanteuse jazz. Parallèlement, il contacte le flamboyant directeur du PAM Philippe Laedermann, qui réagit illico. La machine est lancée, et s’emballe comme une bonne valse à mille temps!
Viennent s’ajouter à cet ensemble: un dessinateur sur sable (Christian Bovey), et Gérard Demierre qui assure une mise en scène jouant sur les ombres. «J’ai toujours mis de la musique dans le théâtre, là je mets du théâtre dans la musique», explique le «chef d’orchestre» omniprésent dans la région. «L’une de mes premières exigences, c’est que l’orchestre doit être sur scène, et pas dans la fosse. Voir un chanteur ou un musicien jouer, c’est magique! Et nous avons retravaillé les textes de manière théâtrale. D’un coup, par la gestuelle, le chanteur est habité. Mais le problème avec Brel, c’est qu’on a tendance à surjouer. Les costumes, eux, resteront assez simples»
Le décor prévu sur la scène du PAM? Un écran, une animation graphique, des jeux d’ombres et de couleurs. Et en guise de ponctuation sur l’heure et demie de spectacle: des extraits d’interviews de Jacques Brel sélectionnés par Guy-François Leuenberger. «J’ai écouté énormément d’interviews. Dans certains passages, il se révélait vraiment. Sa voix est vachement séduisante!» sourit le talentueux jeune homme planqué derrière sa barbe.
L’ensemble promet d’être une vraie régalade. Ne manque que le public, qui a déjà pris d’assaut une bonne partie des places disponibles de vendredi à dimanche… Si le spectacle pose la question «Peut-on chanter Brel aujourd’hui?» les protagonistes de «T’es pas tout seul» semblent déjà connaître la réponse.










