Région
commander la photo

«C’était une grosse pesée d’intérêts»

JDM


Candidate pour rejoindre l’exécutif cantonal, la syndique de Morges fait le point sur sa situation et évoque son pincement au cœur à l’idée de s’en aller.

Ce n’est pas franchement une surprise. Après avoir préféré laisser passer son tour lors de l’élection complémentaire de l’automne dernier, Nuria Gorrite sera candidate sur un ticket de gauche pour rejoindre le Conseil d’Etat. Un choix mûrement réfléchi qu’elle est prête à assumer.

– Pourquoi avoir choisi de vous lancer maintenant et pas à l’automne dernier?

– Les circonstances sont totalement différentes pour trois raisons. Tout d’abord, lors de l’élection complémentaire, Béatrice Métraux a lancé sa candidature à peu près au moment où François Marthaler a annoncé qu’il ne se représenterait pas. Pour moi, c’était clair qu’il était inenvisageable d’aller à l’encontre d’une femme verte qui appartient à mon socle de valeur. Et il fallait challenger un UDC, ce qui appelait donc à une union des forces. Ensuite, nous étions avant les élections fédérales, nous n’avions pas l’idée des forces politiques en présence. Depuis, nous avons pu le faire le point et le Parti socialiste vaudois a progressé. Troisièmement, je suis syndique d’une ville et je ne pouvais pas abandonner comme ça, du jour au lendemain, ma charge avec un calendrier si serré.

– Pourquoi y aller aujourd’hui alors?

– Le calendrier est très différent. L’élection est dans trois mois, ce qui me permet de faire campagne tout en restant aux commandes à Morges de manière active. Et si j’étais élue, il y aurait quelques mois pour envisager une remise sereine des choses.

– Le choix de faire candidature vient-il de vous?

– Non, c’est clairement mon parti qui m’a pressée. Le PS souhaitait ma candidature. Les militants et les élus m’ont fait des appels du pied très forts. J’ai pu mesurer les espoirs et les attentes qui reposent sur cette candidature qui rejoint celle de Pierre-Yves Maillard et d’Anne-Catherine Lyon. Je me sens encouragée par mon parti, par les militants, mais aussi par de nombreuses personnes qui m’ont témoigné leur soutien. C’est un moment très agréable, mais aussi plein de responsabilités. Et puis, j’ai bien sûr du plaisir à faire de la politique; il y a des projets et des enjeux à porter, et ça me stimule.

– Cette décision de vous lancer, comment l’avez-vous vécue?

– C’était une grosse pesée d’intérêts. J’ai un attachement très particulier à Morges et à sa région. Je m’y sens bien et j’aime les projets que porte cette ville. Je trouve qu’elle a beaucoup d’atouts, et forcément, il a fallu réfléchir. Mais je me suis dit que les Morgiens sont par ailleurs des Vaudois et qu’on peut servir sa ville et sa région depuis le Conseil d’Etat d’une autre manière, mais très importante aussi. C’est un prolongement de l’action que j’aime à mener dans ma région.

– N’avez-vous pas peur que les électeurs qui vous ont majoritairement réélus se sentent «trahis» par votre départ si rapide?

– Oui, mais en même temps, c’est pour ça que je ne suis pas partie lors de l’élection complémentaire. Je ne voulais pas m’en aller dans ces circonstances. Maintenant, si départ il devait y avoir, j’aurais le temps de la transition. Je crois aussi que le score que j’ai fait est le témoignage d’une reconnaissance, je l’ai aussi pris comme un encouragement.

– Comment vivez-vous le fait d’abandonner certains projets qui vous sont chers, comme la piscine par exemple?

– C’est forcément difficile. Ce genre de dossiers a fait partie de ma pesée d’intérêt. Mais en ce qui concerne la piscine, je peux vous dire que c’est un projet qui est le fait de beaucoup de monde. Je ne le porte pas seule, et tout le monde tire à la même corde.

– Quel bilan tirez-vous de votre parcours au sein de l’exécutif morgien?

– Je crois que nous avons réussi à avoir une approche globale cohérente et plus une liste de projets à réaliser. Nous avons identifié les secteurs qui avaient du potentiel de développement qualitatif, ce qui est très important pour l’avenir. La difficulté est de gérer tous ces grands objectifs en même temps. C’est comme conduire un Boeing: on voit où est la piste d’atterrissage, mais parfois ça penche d’un côté ou de l’autre, il faut respecter les passagers, faire face aux vents contraires et tenter de stabiliser l’appareil. Notre mission est d’arriver à bon port et d’atteindre les objectifs fixés. Sur ce point, je crois qu’on y est arrivé.

– Vous avez des exemples?

–La politique familiale, la rénovation du patrimoine, l’accès à la culture, les énergies renouvelables, ou encore la sécurité en ville.

– Conseillère d’Etat, est-ce un moyen pour vous de faire avancer plus vite certains dossiers?

– J’espère! Ma connaissance des institutions fait que je connais le temps de la politique et celui de la maturation, qui est très lente. Je pense que dans certains domaines, on peut accélérer les choses. J’ai cette envie de porter certains projets, notamment dans l’aménagement du territoire ou sur tout ce qui concerne la mobilité. J’ai aussi envie d’apporter cette connaissance du terrain. Toutes les régions du canton sont représentées au Conseil d’Etat, mais pas La Côte, qui pourtant, a le développement le plus important. La connaissance de ce territoire et de ses acteurs peut apporter un plus dans la conduite de certains dossiers et l’attention, je dirais la bienveillance, des autorités cantonales sur cette région. Même si bien sûr, cela implique de représenter tous les citoyens vaudois.

– Vous êtes candidate au Conseil d’Etat et au Grand Conseil. Comment allez-vous mener campagne?

– Les règles sont relativement claires: quand on est candidat au Conseil d’Etat, on ne va pas faire les débats comme députée. Pour le reste, nous ferons des présentations publiques. Il y aura aussi des rencontres dans la rue, sur les marchés, et puis bien sûr les débats à la radio, TV et dans la presse locale.

– Comment concilier tout ça avec votre rôle de syndique?

– Ça m’obligera à bien m’organiser, à dormir peut-être un peu moins aussi… Ça fait aussi partie de la préparation: avant de dire «oui» à ce genre d’engagement, on doit se demander si on a les forces personnelles pour le faire. Je crois que je les ai, tout comme le soutien de la famille et des proches.

Dernière galerie

articles récents

articles les plus lus

Tous les articles les plus lus

Evenement