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Construction héroïque et site idyllique
Jean-François Reymond
ETAPE 2 La cabane d'Orny
C’EST OÙ? En dessus de Champex et de son lac. Accès par la route du Saint-Bernard dès Orsières.
C’EST HAUT? La cabane est à 2831 m tandis que l’Aiguille du Chardonnet culmine à 3680 m.
C’EST COMBIEN? Comptez environ 2 h 30 de marche depuis le télésiège de La Breya.
Ornex ou Orny, le nom de cette combe sauvage et alpine n’est pas encore bien défini en 1875, alors que le Conseil communal d’Orsières accorde au Club alpin, section des Diablerets, un don de 100 francs et une cession gratuite de bois pour ériger une «maisonnette» près de l’oratoire situé à côté d’un petit lac. L’année suivante, l’ingénieur Edouard Dufour s’engage dans la montagne avec carabine, chien et tente, accompagné de quelques maçons.
Modeste refuge
Un modeste refuge en pierre se construit tout en se confondant dans son environnement avec son toit au pan unique. Ce fut une initiative qui a eu un succès considérable. Sa fréquentation est telle que ce lieu figure au répertoire des neuf premières cabanes du CAS de l’époque. Donc, en 1893, décision est prise de construire Orny II, une cabane en bois plus vaste qui sera assemblée sur place.
Sherpas du pays
Quinze tonnes de bois et de charpente sont acheminées depuis la gare de Martigny jusqu’à Orsières par char puis à dos d’homme, soit un groupe de «sherpas» du pays qui transporteront 402 charges de 30 à 50 kg, pour le prix de 24 fr. les 100 kg! La cabane elle-même est montée en un temps record de sept jours pour le prix étonnant de 8800 francs! Cette construction aura d’ailleurs une destinée peu commune. Elle a la chance de disposer d’une seconde vie, dès 1983, dans le massif de la Dent-de-Vaulion, et grâce aux Morgiens! C’est en effet la sous-section de Morges du CAS qui l’a rachetée pour en faire son nouveau stamm dans un endroit idyllique du Jura vaudois.
Et le temps passe… Cent ans après la construction du premier refuge, Orny III voit le jour sur un nouveau site, plus en amont, le long d’une moraine qui sert aussi de balcon pour le lac et le glacier en contrebas.
La nouvelle bâtisse est spacieuse, moderne, dotée de confort avec WC, électricité (génératrice, panneaux solaires et éolienne), cuisine et logement pour les gardiens. Anges gardiens devrait-on dire, puisque Patricia et Raymond Angeloz l’animent et la bichonnent depuis… 24 ans, durant les quatre mois d’été. Le gardien est aussi guide de montagne. Il propose des excursions «glacières» et des escalades dans les environs. Il y a en effet beaucoup de voies équipées, tous niveaux, entre les cabanes d’Orny et du Trient, dont le chemin d’accès passe aussi par là. Par ailleurs, une salle de théorie avec vidéo sert de centre de formation.
La gardienne est aux fourneaux. Avec sa petite équipe féminine et Loïc Kuttruff, jeune homme d’Echandens, elle se fait un point d’honneur de servir des repas simples mais sains et abondants. L’ordinaire est aussi amélioré par des bons vins valaisans et vaudois ainsi qu’avec d’appétissants gâteaux cuits au feu de bois. Le tout servi dans le vaste réfectoire bien éclairé qui donne sur un paysage alpin à couper le souffle. Certains jours, il n’est pas rare d’observer quelques bouquetins curieux qui viennent s’enquérir de ce qui se passe à la cabane avec ses nombreux visiteurs.
Les dates de 1877, 1893 et 1977 marquent, pour ce lieu, cent ans de foi et d’audace où chacun de ces trois rêves est devenu réalité. Successivement refuge rudimentaire, cabane artisanale puis véritable club-house fonctionnel et hospitalier, Orny a toujours répondu aux attentes de ses utilisateurs et hôtes.










