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Défenseur de la magie malgré lui

Camille Destraz


A 35 ans, Eric Antoine incarne le renouveau du spectacle de magie en jouant sur l’humour et l’absurde. Il sera à Morges-sous-Rire en juin.

Aller voir un spectacle de magie? Au premier abord: has been. On pense à Gérard Majax, à ce bon vieux Garcimore, ou – dans un registre plus bling-bling – à David Copperfield. Mais avec tout le respect que l’on doit aux ancêtres, Eric Antoine a sacrément dépoussiéré un registre plan-plan. A lui seul, du moins en francophonie, il incarne le nouveau souffle de la prestidigitation. Découvert par l’émission «Incroyable talent» sur M6 il y a cinq ans, ce trentenaire ébouriffé de 2,07 mètres de haut s’est fait un nid douillet dans la grande famille des humoristes. Habitué de la Suisse, il fera salle comble à Morges-sous-Rire le 24 juin avec son spectacle «Réalité ou illusion», et sera aux Dicodeurs dès ce lundi. Rencontre.

– Vous dites que la magie vous a sauvé. Dans quel sens?

– A l’âge de 15 ans, j’ai pris 20 centimètres en un an. J’ai eu des décalcifications osseuses, des micro fêlures, des déchirures musculaires, c’était horrible… Je suis resté bloqué au lit pendant des mois. Coup de bol: juste avant ça, je suis tombé sur un magasin de magie à Paris, destiné aux magiciens professionnels du monde entier. Là, j’ai acheté un bouquin sur la magie, et j’ai commencé à m’exercer. Ça m’a sauvé de la dépression! Cela dit, le théâtre m’a encore plus sauvé! Etant fils de psy, je trouve que c’est une thérapie extraordinaire.

– A 35 ans, vous êtes à peu près le seul à pratiquer ce genre…

– Il n’existe pas vraiment d’humoriste qui mélange la magie et la comédie. Mais je suis convaincu qu’il y a un renouveau, et qu’il y aura une génération d’artistes qui se trouvent au croisement de la magie et de l’humour, de la magie et de la musique ou de la danse. Il y a un vrai mouvement, comme il y en a eu un autour du cirque.

– N’est-ce pas lourd de porter ce rôle du type qui dépoussière un genre ringard?

– Oui et non. Je ne fais pas de calculs. C’est venu tout naturellement. Je ne me suis pas dit «Je serai le défenseur de la magie»! En même temps, dans les faits, je me trouve être ce défenseur.

– Qui vous a inspiré, donné envie de faire ce métier?

– Gaëtan Bloom, un magicien talentueux français. Il avalait un couteau, mais avant ça, il le mettait dans un hot-dog avec du ketchup! C’était drôle et spectaculaire. J’aime le côté rock’n’roll de la magie.

– Donc pas inspiré par David Copperfield, pour parvenir à séduire un top model?

– Ah non! Si tu fais ça, tu es foutu! Je n’ai jamais fait un tour de magie à ma femme pour la draguer (rire)!

– Qu’est-ce qu’on vous dit dans la rue lorsqu’on vous reconnaît?

– Là en arrivant à Morges, j’étais avec quelqu’un du théâtre. Un type lui a dit «Eh! Fais gaffe, il va te faire disparaître!» Des remarques comme ça… Mais c’est plutôt sympa! Je ne souffre pas de notoriété comme les humoristes très célèbres. Pour certains, c’est l’enfer.

– Comment devient-on magicien?

– C’est un métier basé sur le secret, on fait serment. Tu ne peux pas évoluer dans ce métier si tu dévoiles tes trucs. Tu ne peux pas parler aux Moldus (il fait référence aux gens qui n’ont pas de pouvoir, dans la saga Harry Potter, ndlr)! Donc on doit être autodidacte. Il existe des associations et des clubs, la Fédération internationale des Sociétés magiques… Et on a quand même des maîtres, si on a la chance d’en trouver. Et sinon… c’est débrouille-toi.»

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