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La Biélorussie s’affiche à Morges

Virginie Gerhard


Le Musée Forel accueille dans ses murs une exposition inédite sur la liberté d’expression durement reconquise dans les années 80 en ex URSS.

L’événement est passé presque inaperçu. Pourtant 2011 marque les 20 ans de la chute de l’URSS. Un anniversaire que le musée Forel fête à sa façon avec l’exposition exclusive «Perestroïka, affiches en liberté».

L’idée? Réunir dans une même exposition des affiches de la période de Perestroïka (la reconstruction entre 1985-1991) mais également de la période totalitaire précédente et contemporaine.

Ce projet est né grâce à la collaboration de Dacha Abbet, une jeune femme biélorusse ayant travaillé deux ans au sein du Musée Forel. «Elle nous avait aidés à préparer l’exposition sur le siècle des lumières en 2007. Dans ce cadre nous avions déjà parlé de la liberté d’expression et du rôle des affiches pour véhiculer des idéologies, cette exposition est un peu un prolongement», explique Yvan Schwab, conservateur du musée.

 

Propagande rouge

Pour mettre sur pied ce projet Dacha Abbet s’est entourée de Dmitri Surski, directeur de l’Association des designers biélorusses et propriétaires des affiches et d’Egor Sourski, chercheur spécialisé dans cette problématique.

Après plus d’un an de travail, le résultat est saisissant. Une dizaine d’affiches de la Perestroïka font face à des posters de la période totalitaire de l’ancien bloc de l’est. «Des années où l’affiche servait de transmetteur de propagande», explique Egor Sourski. A cette époque l’image et le système politique de L’Etat sont transmis au public en utilisant de nombreux symboles graphiques afin d’être imprimé dans l’esprit des gens. Dans cette galerie de personnage, Lénine, créateur des Etats Soviet est le plus représenté, comme sur l’affiche «L’enseignement de Lénine est immortel!» (ci-dessus). Réalisée en 1961 à l’époque où toute l‘attention idéologique est ciblée sur le dictateur.

Sur le mur d’en face, dans la salle d’exposition, un tout autre univers s’offre aux visiteurs: les affiches de la Perestroïka (1985-1991). Une époque de reconstruction post-URSS ou l’art de l’affiche devient un support influent des changements démocratiques. «C’était une époque ou les commandes ne venaient plus de l’Etat mais de l’initiative d’artistes formés», explique Dacha Abbet.

Dmitri Surski, propriétaire de la collection et artiste lui-même évoque cette époque avec nostalgie: «tout était à nos frais, les affiches se diffusaient principalement grâce à des expositions et aux journaux. C’était un moyen d’exprimer notre vision de la société». Un exemple concret? L’affiche «Le cadre prend toutes les décisions», qu’il a réalisé avec Tatiana Gardachnikova en 1989 (ci-contre). Cette image dénonce le phénomène social de l’homme soviétique qui n’était qu’un rouage dans la grande machine de l’Etat.

 

Tendance révolue

Affiche dénonçant le système dictatorial, ou pointant du doigt les crimes commis pendant la terreur ont fait les beaux jours de cette époque de liberté retrouvée. Mais que reste-t-il de ce mouvement aujourd’hui? «Pas grand-chose», explique Dmitri Surski. Le poster est devenu un héritage graphique. «Il n’y a plus d’implication de la nouvelle génération. Et puis la protestation politique a trouvé d’autres supports comme Internet», dit-il. Seule exception, quelques artistes comme Dmitri Surski lui-même avec son affiche champagne soviétique - haute technologie, réalisée en 1995, reprochant à l’industrie technologique russe d’être basée sur la fabrication d’armes. Des affiches contemporaines à découvrir également pendant la durée de l’exposition.

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