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Le bassin du château marque ses 300 ans

Jean-François Reymond


Ce qui caractérise le «Petit Versailles vaudois», c’est bien sûr son magnifique bassin d’ornement et son jet d’eau.

L’Isle

On doit l’élégant château de L’Isle à Charles de Chandieu, lieutenant général qui a servi sous Louis XIV. Il l’a fait construire entre 1696 et 1698, non loin de l’emplacement d’un ancien château féodal qu’il avait hérité par mariage. Tout cela pour faire accepter à son épouse, la belle et exigeante Catherine Gaudicher, de venir habiter à L’Isle! Et non contente de sa nouvelle et pourtant somptueuse demeure, elle souhaita pouvoir disposer d’un plan d’eau avec un jet qui fut creusé en 1710, sur le cours de la Venoge qui passe par là. Mais ce cadeau allait se révéler fort coûteux par la suite…

Depuis cette époque, le nouveau château de L’Isle et son plan d’eau n’ont pas changé. La magnificence des lieux est toujours admirée. «Surnommé le Petit Versailles vaudois, il est sans doute l’un des monuments du canton le plus photographié avec le château de Chillon!» assure le municipal Guy Bise, par ailleurs historien, passionné de généalogie, et amoureux du passé de son village, auquel il a déjà dédié deux ouvrages de sa composition.

Ce bassin, dans son décor de rêve, a pourtant toujours suscité des inquiétudes quant à son entretien. Il est en effet souvent envahi par des algues indésirables qui poussent allégrement sur son fond, en principe pavé, causant pas mal de soucis à tous les propriétaires successifs du château… Y compris la commune de L’Isle, qui le possède depuis 1876. Elle l’a pourtant acheté pour le prix de 200 000 francs. Les archives communales ne recèlent que peu de documents sur ce fameux bassin. On sait cependant qu’il a été curé en 1894.

Une convention, conservée, stipule différents points entre la commune et l’entrepreneur. Ainsi, par exemple, «La Municipalité fournira deux râteaux pour arracher l’herbe ainsi que deux radeaux pour le transport des matières provenant du curage. L’entrepreneur devra rendre cet outillage en bon état et en est responsable pendant le travail. Les travaux commenceront le 10 mai pour se terminer le 20 juin, sans aucun retard.» Et la pire sentence: «La Municipalité se réserve de faire terminer l’ouvrage aux frais de l’entrepreneur s’il n’est pas achevé dans le délai prescrit.» On était intransigeant à l’époque! Les travaux ont été adjugés à Jules Maget et Marc Wagnon, pour le prix de 120 francs. Et curieusement, l’année suivante, on lit aussi: «Ensuite du concours ouvert pour le curage du bassin, la Municipalité a adjugé cet ouvrage à Lucien Fazan, pour le prix de 110 francs.» Allez donc savoir pourquoi.

Ce qui est sûr, c’est que le curage suivant a été exécuté en 1964. On y a enlevé 11 270 m³ de matériaux avec camions et pelles mécaniques. Le coût avait évidemment pris l’ascenseur pour s’élever à 209 000 francs. De nos jours, le bassin est régulièrement faucardé par les soins de l’Etat de Vaud, responsable des cours d’eau, alors que les murs appartiennent à la commune! Mais un nouveau curage s’avérera nécessaire dans un proche avenir. A nouveau, le plan d’eau est plein d’algues envahissantes qui lui donnent une couleur étrange et peu engageante. Mais si l’eau est douce, la facture risque d’être salée et les responsables ne se pressent pas pour engager les travaux. Quant au grand jet d’eau, jadis «petit concurrent» de celui de Genève, il a été progressivement amputé de sa vigueur pour devenir inexistant en période de manque d’eau, comme cet été. Le motif: le jet fonctionne avec le réseau d’eau de la commune!

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