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Les potes des pénitenciers

Camille Destraz


Voilà 10 ans que les musiciens du groupe Repris de Justesse sillonnent les prisons en Suisse et à l’étranger. Rencontre avant leur passage à l’air libre à Morges!

 

Pour la prochaine Fête de la musique à Morges, le groupe Repris de Justesse – r2j pour les intimes - jouera dans les rues, à l’air libre et peut-être même au soleil. Mais ce genre de concert n’est pas tout à fait semblable à la majeure partie des spectacles de la fondation morgienne. La plupart du temps, ces musiciens jouent à l’ombre, devant une poignée de détenus, entourés de gardiens armés.

Un credo qu’ils tiennent depuis maintenant dix ans, et qu’ils gardent parce qu’ils ont «le feu», en se produisant devant de petites assemblées comme s’ils jouaient «au Parc des Princes»! Avec une bonne réserve de reprises dans leur musette (des tubes de Black Eyed Peas, Michael Jackson, U2, Johnny Hallyday, Téléphone, Pink Floyd et bien d’autres), ils partiront en fin d’année avec Terre des hommes, au Nicaragua.

Cette aventure musicale étonnante est née en l’an 2000. Cette année-là, René Hoffmann, fondateur du groupe et musicien, part au Cambodge. «Là-bas, son beau-frère lui a proposé de chanter dans une prison, explique Nicola Balestrini, logisticien et guitariste. Repris de Justesse n’existait pas encore, mais René a toujours eu de la compassion pour la population carcérale. Il a failli lui-même faire de la prison. »

 

Avec les tripes

De retour en 2001, il se décide à créer une fondation. Et sollicite alors Nicola Balestrini, logisticien pour Terre des hommes. De prime abord pas très chaud pour développer le projet de René Hoffmann, Nicola finit par céder, et embarque pour trois semaines de tournée au Cambodge avec Repris de Justesse. «C’était extraordinaire! On a assuré dix concerts géniaux, dans un terrain plutôt hostile…» L’aventure est lancée.

Entre les concerts dans les prisons romandes et les tournées à l’étranger tous les deux ans (Argentine, Albanie, Cambodge et bientôt Nicaragua), le groupe apporte des moments forts aux prisonniers, «sans se demander pourquoi ils sont en taule». «Ce sont des moments de partage, la musique leur apporte de l’émotion. Quoi qu’ils aient fait pour en arriver là, ils restent des êtres humains et on leur apporte du respect. On joue avec nos tripes et avec notre cœur. A l’étranger, certains sont là car ils ont critiqué le gouvernement…»

 

Récolte de fonds

Parfois quand même, l’ambiance est peu évidente à gérer pour les Repris de Justesse. Comme en Argentine, dans une prison glauque où, après des «contrôles impressionnants, les gardiens nous ont enfermés avec 80 détenus. On est restés pour deux concerts, on a même mangé avec eux. A la fin, certains nous faisaient des accolades, on sentait la pression impressionnante de leurs muscles!»

Le responsable musical et claviériste Jeremy Moinat précise que le groupe ne joue «que des tubes hyper connus. On a envie de leur faire plaisir, ils doivent se retrouver dedans. On attaque avec «Allumer le feu», de Johnny! Ça crache bien!» Avant de partir pour le Nicaragua, r2j jouera extra muros, entre autres pour récolter des fonds et vendre leur nouveau CD «I’ve got a feeling» dans ce même but. Pour eux, les portes du pénitencier ne sont pas près de se refermer…

 

Repris de Justesse en concert le 18   juin à Morges, place de l’Hôtel de Ville à 20h.

Commander le CD et infos sur www.r2j.ch

 

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