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Marthaler: de la révolte à la reconnaissance

Sylvie Logean


Ancien élu du Grand Conseil sous la bannière du district de Cossonay, cet ancien habitant de la région revient sur le parcours très mouvementé qui l’a mené jusqu’aux rangs de l’exécutif du canton.

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«Une vie chaotique.» Voilà comment pourrait être résumé, selon ses propres dires, le parcours de François Marthaler dont l’étonnante ascension politique a démarrée dans les années 90 alors qu’il habitait à Vufflens-la-Ville. Une vie désormais placée au service de la société, mais pourtant débutée dans un vent de révolte. En effet, sous ses apparences d’homme rangé, sous le vernis du conseiller d’Etat, l’écologiste convaincu révèle un destin hors norme, sur lequel peu auraient parié.

Etudiant en architecture à l’EPFL durant une année, en sciences sociales et politiques brièvement puis finalement en HEC à l’Université de Lausanne; journaliste à ses heures à l’Hebdo et à la Radio suisse romande, l’homme d’Etat est aussi créateur de deux entreprises: La bonne Combine (un atelier de réparation en tout genre) en 1980 et le Bureau d’investigation sur le recyclage et la durabilité (BIRD), en 1992.

Là pourrait s’arrêter l’énonciation non exhaustive d’un curriculum vitae déjà bien fourni. Mais ce n’est pas tout. Sous la lumière des projecteurs médiatiques se cache une face ombragée sur laquelle François Marthaler apporte un éclairage sans tabous et sans langue de bois. Une période sombre qui a duré six mois, alors que le chef des infrastructures dépassait tout juste le cap de la vingtaine. Six mois passés derrière les barreaux de la détention criminelle à Bochuz, faute de place ailleurs. Avec pour unique raison une fervente objection de conscience. «J’étais alors journaliste auxiliaire à la RSR quand j’ai pris la décision, en 1979, d’envoyer une lettre au conseiller fédéral Georges-André Chevallaz pour lui expliquer en détail pourquoi je ne ferai pas l’armée, se souvient François Marthaler. Comme le service civil n’existait pas encore, j’ai immédiatement été déferré devant le Tribunal militaire et condamné à plusieurs mois de prison ferme.»

 

Un homme en cavale

Le jeune homme n’a alors qu’une idée en tête: partir hors des frontières du pays pour ne plus jamais y revenir. L’intégralité de ses affaires vendues, à l’exception de deux jeans et quelques bouquins, François Marthaler débute sa cavale et prend la route en direction du sud de la France. «Comme je devais penser à gagner ma croûte, je me suis décidé à passer un brevet de planche à voile à Sète. Le papier en poche, j’ai filé à Paris dans l’optique de décrocher un job au Club Med et travailler dans les îles. Mais ils n’ont pas voulu de moi. Il faut dire que je n’avais pas de visa de travail et je n’avais aucune chance face aux autres candidats plus balèzes et bronzés les uns que les autres!»

Pour compléter ce destin détonnant, le jeune homme fonde à Paris une coopérative, par laquelle il rachète la dernière fabrique de vélos parisienne grâce à des aides publiques et privées diverses. Il en fait rapidement un atelier de réparation dans la même ligne que La bonne Combine. Et, comme les choses n’arrivent jamais seules, il rencontre durant cette période, Flavie, comédienne parisienne qui deviendra sa femme. «Noël approchait, nous avions souhaité passer des vacances à la montagne. Mes skis étant restés en Suisse, nous nous sommes donc risqués à rentrer au pays. Malgré de nombreuses précautions, nous nous sommes fait arrêter à la frontière genevoise et j’ai été dans l’obligation de purger ma peine. J’ai passé le soir de Noël assis dans les couloirs de Bochuz à manger la dinde traditionnelle dans une gamelle en acier.»

 

Destin politique

Sorti de prison en 1981, François Marthaler, alors jeune papa, reprend le chemin de la Bonne Combine, puis de l’université tout en travaillant à plein-temps. Le chapitre politique ne tardera pas. «En 1997, j’ai rejoint les Verts et comme j’habitais le district de Cossonay – durant dix ans avant de rejoindre Prilly – je me suis lancé dans la course aux élections sous l’impulsion de Luc Recordon. Tout est allé très vite. J’ai été élu au Grand Conseil, puis j’ai repris le poste vacant laissé par Philippe Biéler au Conseil d’Etat.» Passionné par ses fonctions à l’exécutif du canton et par les questions de la mobilité douce, du développement durable et de l’informatique, François Marthaler n’en demeure pas moins extrêmement lucide sur son pouvoir réel.

«Cela représente un grand défi au quotidien. Mais avoir des idées intéressantes ne suffit pas, faut-il encore réussir à la faire passer devant le Conseil d’Etat, le Grand Conseil, voire le Peuple. Pour un entrepreneur comme moi, ce n’est pas évident, car j’ai l’habitude de pouvoir lancer rapidement des nouveaux concepts. Ici, le levier d’action est certes important mais il y a pas mal de mou. Je dois bien avouer que j’ai un peu déchanté depuis mes débuts.»

Une désillusion rapidement tempérée: «C’est incroyable de se dire qu’un objecteur de conscience comme moi, qui plus est en révolte contre la société de consommation, puisse être élu au sein de l’exécutif. Cela force au respect vis-à-vis de notre système démocratique.»

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