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«Peut-on rire de tout?» à Morges-sous-Rire

Donatella Romeo


Le festival recevait quatre fortes têtes pour débattre autour des limites de l’humour.

«Peut-on rire de tout?» c’est la question que se pose Philippe Geluck dans son spectacle, mais c’est également le débat qui a réuni autour d’une table effectivement ronde le dessinateur du Chat, Barrigue, Patrick Nordmann et Jean-Charles Simon en modérateur, samedi dernier. Si la réunion organisée dans le cadre de Morges-sous-Rire n’a pas eu le succès escompté, le débat n’en a cependant pas été moins animé.

A l’heure où des Guillon ou Naulleau se font remercier, Patrick Nordmann rappelle très philosophiquement que la limite est avant tout fixée par celui qui fournit la plainte. C’est le degré de tolérance de chaque récepteur qui marque la limite qu’il conçoit comme telle. De l’autre côté, il y a la limite que se fixe l’humoriste, qui «ne doit pas devenir militant, ou une sorte de prêcheur», avance Jean-Charles Simon. Souvent taxés de militants de gauche, l’ensemble des chroniqueurs en présence soulignent que leur métier n’est pas de ridiculiser la cible gratuitement. On ne touche par exemple pas au physique. Leur mission est de mettre en exergue la réalité qui se présente à leurs yeux. Que vous soyez de droite ou de gauche, politicien ou célébrité ou même les deux, Monsieur ou Madame Tout-le-monde. «Etre humoriste, c’est être humaniste», lâche Geluck suivi de Barrigue. C’est donc rendre sur le ton de l’humour les contradictions et parfois les absurdités du comportement humain, «c’est parfois aussi attaquer le pouvoir». Barrigue avertit d’un travers à la mode: la surenchère gratuite est souvent peu drôle.

Il devient donc inévitable de demander à Geluck qui s’exprime somme toute dans quatre médias différents; journaux, télévision, BD et sur scène, si son approche de la limite est différente. «J’ai toujours été vachard», dit-il, mais le degré de liberté s’est décuplé avec l’âge et la notoriété.

 

S’adapter au public

Ce degré de liberté dépend du public qu’il lorgne. «Le potentiomètre s’adapte selon le média, car le public de Drucker, n’est pas le même de Siné Hebdo ou celui qui vient voir mon spectacle». La politique, Drucker, religion, le métier d’humoriste, de père, de mari, sont traités dans son spectacle avec la même subtilité et justesse que celle du Chat, mais les limites sont effectivement plus souples et plus repoussées. Le public qui achète un billet de spectacle ou une BD sait ce qu’il achète, de la même manière que le lecteur de Vigousse ne doit pas s’attendre à lire une rubrique politique démagogique.

Et Geluck de conclure en honorant la parole de Pierre Desproges, «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui!» phrase culte qui résume assez bien le débat.

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