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Un ours à Beausobre

Peyrollaz


Louis Bertignac aime depuis toujours les guitares un peu sauvages. Mais avec «Grizzly», l’album qu’il présente ce soir sur scène, l’ex-Téléphone les fait littéralement rugir de plaisir.

Dans le rock proposé par Louis Bertignac aujourd’hui, il y a juste une basse, une batterie et une guitare. Une version simple mais efficace dans laquelle l’intéressée se sent bien.

– Avec «Grizzly», c’est un nouveau Bertignac qui se présente au public, façon ours mal léché.

– Il y a de ça, je me sens bien en mal léché. Je ne sais pas vraiment pourquoi, c’est une période comme ça. Toute ma vie sur les pochettes de disque je souriais. Là, par hasard, j’ai fait la tête, pour essayer, et ça m’a plu. Je ne me sens pas plus méchant qu’avant, mais j’aime me sentir un peu ours.

– Quelle différence y a-t-il entre le Bertignac d’avant, un peu nounours, et celui d’aujourd’hui complètement grizzly?

– On ne peut dire vraiment de la colère, mais j’avais besoin de cracher mon venin, suite à des histoires personnelles, à une famille qui s’est brisée malgré moi. Et puis il y a eu cette histoire de riffs de guitare qui est arrivée alors que j’étais parti pour faire un album un peu pop. Martin Meissonnier, qui a réalisé l’album, m’a dit «Fais-nous des riffs de guitare, il n’y a que toi qui puisses faire ça ici». Et ça m’a plu. Enfin je me retrouvais dans la peau d’un mec dont j’aurais été fan quand j’avais dix, quinze ans.

– Qu’est-ce qui change au moment où vous prenez la guitare pour composer?

– Avant je laissais les doigts courir sur les cordes et il y avait une mélodie qui m’arrivait dans la tête. Là, étonnamment, c’est dans la tête que ça a commencé. Me venaient des trucs qui ressemblaient beaucoup à ce que je fais sur scène. Ce qui fait que là où, avant, j’étais obligé de chambouler les chansons pour qu’elles aient leur vie sur scène, celles-là sont toutes prêtes.

– Dans cet esprit, avec quel œil regardez-vous vos compositions de l’époque Téléphone?

– Je n’ai pas trop de recul là-dessus. Elles viennent de moi, et je suis un peu malgré tout la même personne que celle qui les a composées à l’époque. Si je regarde «Cendrillon» ou les riffs de «ça c’est vraiment toi», je ne vois pas de différence avec ce que je fais aujourd’hui.

– Donc quand vous êtes sur scène, vous vous glissez aussi aisément dans la peau du grizzly que dans celle du jeune guitariste de Téléphone?

– Ouais, c’est le même gars. La différence, c’est qu’aujourd’hui je m’amuse à parler aux gens, à déconner avec eux, ou à faire des sauts, des cabrioles, alors qu’à l’époque j’étais timide. Pour le reste le goût de la musique est le même. Le côté ours, je l’ai toujours eu, mais disons qu’avec plus de confiance en moi, l’ours est plus déterminé.

– Dans le public, il se peut qu’une partie des gens ne connaisse que le Bertignac moins ours. Et là vous allez débouler avec une musique rugueuse et rentre-dedans. Ça pourrait ne pas leur plaire.

– Ça ne me fait pas peur. Pour moi, les gens sont tous les mêmes. Ça dépend de ce qu’on leur donne, et comment on le leur donne. Je pense que même si on me met des mamies de soixante-quinze ans, ça va être pareil, je vais les faire bouger. J’ai très confiance et ça se passe bien à chaque fois.

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