commander la photo
Une grande soirée à Beausobre
Gallay
La grande dame de la chanson française, Véronique Sanson présentait à Beausobre son dernier album «Plusieurs Lunes». Un concert magistral.
Madame Véronique Sanson en personne…
On ne l’avait pas recroisée à Beausobre depuis 2007. La donne a changé jeudi 24 novembre dernier. Salle comble, bien sûr, public chamarré, tous âges confondus. Sur scène, en vedette américaine (comme Véronique l’a fait jadis pour Polnareff, Julien Clerc, Claude François…), déboule Michael Hernandez, avec trois chansons solidement accompagnées au piano.
Un côté rebelle
Puis la tension monte, voici les derniers préparatifs, les dix musiciens entrent dans la pénombre. Frémissement parmi l’auditoire. Soudain crac, la lumière! Véronique Sanson surgit, 62 ans, assez petite, maigre, toute en noir, la flamme claire de sa chevelure blonde, des dents étincelantes, sourire magique. Départ sur les chapeaux de roue. Ingambe, vive, souriante ou farouche, énergique, déterminée, elle occupe bien la scène, avant de s’asseoir au piano dont elle joue à sa façon, martelant ses accords, bousculant la ligne mélodique, ou alors patte de velours, léger contre-chant soutenu par les nappes du key-board malicieux de Frédéric Gaillardet… Car Véronique Sanson, ce sont deux aspects bien tranchés. Le plus «frappant», c’est le côté rageur, rebelle, qui monte et progresse en paroxysmes assourdissants, et s’installe dans un climat rock, dur et cogneur.
Les musiciens se donnent à fond, jouant si fort (en particulier la basse qui vous laboure le thorax, ou l’autre guitare miaulant et feulant à tout va) que l’on passe à côté du talent et des subtilités des autres, en particulier les trois cuivres, et les deux excellents choristes. Dans ce charivari, difficile de distinguer les paroles que lance notre coléreuse vedette!
A fleur de peau
Et puis, soudain, il y a ce que Véronique appelle des «tranches de vie», où elle invite fréquemment le public à «chanter avec». «Pas de problème!» lance quelqu’une du fond de la salle… Surgissent alors des blessures, des béances, pudiquement voilées dans l’imprécision poétique des mots.
On découvre une artiste hyper-sensible, fragile, toujours prête à basculer entre désespoir et enthousiasme. Le public est touché, figé par ce «parler-vrai», il communie dans ces expériences esquissées, la peur et la fascination de l’amour, les fuites et les dérobades, les meurtrissures du deuil, l’alcool, la dépression.
Violaine Sanson-Tricard, sœur de Véronique, a magistralement résumé cela dans une chanson où Véronique répète: «Qu’on me pardonne ou qu’on m’oublie, mais qu’on me prenne comme je suis»…
On le fait bien volontiers. Car c’est vraiment gratifiant!










