Une odyssée sans compromis
Sylvie Logean
Malgré le froid glacial, la première représentation de «Deux décis d’Odyssée» a séduit le public samedi au Mont-Tendre.
Région
Une longue ascension jusqu’aux crêtes du Mont-Tendre, quelques gouttes de pluie froide, de lourds nuages noirs qui menacent et, pour couronner le tout, une température glaciale atteignant difficilement les 10C°. Les conditions étaient réunies pour faire du retour d’Ulysse une épopée dantesque, en cette première représentation de Deux décis d’Odyssée. Les Dieux, fidèles à la tradition homérique, auront toutefois décidé d’être cléments envers leur héros, permettant à la première d’être maintenue contre vent et marée.
Concentration et plaisir
Dans les rangs du public, assis sur des rondins ou à même le sol, la solidarité est de mise. On se serre, on s’enserre, sans doute pour retrouver un peu de la chaleur estivale manquant à cette fin du mois d’août.
En coulisse, même combat. Les comédiens attendent les premiers coups de bâton salvateurs dans un froid tétanisant. La basse Christian Baur tente de réchauffer la violoniste Valérie Bernard en lui frottant énergiquement les mains. Le metteur en scène Gérard Demierre s’encapuchonne rapidement dans sa veste de haute montagne, alors que la comédienne Nathalie El-Baze, qui joue Yasmin, scrute le magnifique panorama calfeutrée dans des couches de vêtements superposés. Philippe Laedermann ferme les yeux. La concentration est de mise. Puis vient la délivrance, accompagnée de quelques rayons de soleil miraculeux. Le plaisir est manifeste, tant du côté des acteurs que du public, qui découvre une Odyssée totalement revisitée sous la plume de l’écrivain morgien Blaise Hofmann.
Quête vers l’âme sœur
Librement inspiré du chef-d’œuvre du VIIIe siècle, Deux décis d’Odyssée conte le retour au pays d’Ulysse. Mais ici nul roi d’Ithaque ou guerre de Troie. Ulysse, interprété par Yvan Barbey, est un honnête vigneron vaudois qui s’attend à retrouver sa Pénélope (Catherine Cruchet) et son fils Télémaque (Frédéric Brodard) sur ses terres. Las, Pénélope est partie, toute courtisée qu’elle est par Dénéréaz, riche propriétaire viticole de Lavaux.
Dans sa quête pour retrouver sa femme volage, Ulysse est appuyé par la vibrante et poignante Yasmin, employée d’origine turque qu’il retrouve après des années d’errance. Pendant son absence, c’est à elle que l’on doit le vin d’Ulysse, et c’est elle encore qui réapprend à l’homme à cultiver sa terre. Débute alors une course emprunte de clichés au travers du nouveau district et le long des châteaux viticoles. Pénélope retrouvée, le choix entre les deux prétendants s’effectue grâce à une dégustation à l’aveugle voyant le vin vaudois l’emporter. Mais la fin recèle une surprise de taille…









