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Bobillier, forte tête du hockey suisse

Pierre Masson


Ancienne gloire de Fribourg Gottéron, le nouveau coach de Forward s’est reconverti avec succès dans la restauration. Portrait d’un homme de caractère, qui détonne dans le milieu du hockey.

Morges

l a marqué le hockey sur glace helvétique de son empreinte. Peut-être parce que Frédy Bobillier est dans la vie comme il était sur la glace: combatif, malin, intransigeant, inattendu, atypique.

Sportivement, il a eu une longue et riche carrière, évoluant dans des clubs comme Lausanne, Fribourg, Ambri, ou encore La Chaux-de-Fonds – liste non exhaustive – qui lui ont tous laissé un souvenir à part dans son cœur. «Je suis peut-être trop sentimental, mais j’ai gardé des attaches partout où je suis passé. »

Ce défenseur offensif a notamment connu les grandes heures de Gottéron au milieu des années 90, aux côtés du duo légendaire Bykov et Khomutov. «J’étais un joueur instinctif, difficile à faire tenir dans les schémas tactiques, parfois au grand dam des coaches. Slava et Andreï appréciaient ça, on avait nos trucs…» Des périodes fastes (un titre de champion européen avec Ambri-Piotta), mais aussi plus douloureuses (éviction de Fribourg justement) ont ainsi jalonné son parcours.

Vocation tardive

Aujourd’hui, Bobillier se dit très heureux dans sa nouvelle vie. Avec sa femme Marianne, il gère depuis deux ans le restaurant de l’aérodrome d’Ecuvillens, non loin de Fribourg («un superendroit») avec l’enthousiasme qui le caractérise. Entreprenant, il a encore de nombreux projets en tête. Une reconversion réussie donc, préparée de longue date, quoique semée d’embûches. En 2004, une déconvenue – il devait reprendre une affaire qui ne se conclut pas – lui donne l’occasion de rechausser les patins du côté de La Tchaux puis de Villars, comme entraîneur-joueur, après un break d’un an. Homme de communication, avec son franc-parler – il est un consultant apprécié à la TSR et à Radio Fribourg – il se découvre ainsi une vocation sur le tard. «Jusqu’à 30 ans, il était hors de question que je devienne coach. Pour ne pas faire subir ce qu’on m’a fait subir (sourire). Après, on réfléchit. Je me suis rendu compte que je voulais rester dans le milieu, celui où je me sens le mieux, où j’évolue depuis l’âge de trois ans. Mais pas comme agent de joueur (ndlr: il possède un diplôme en management sportif). Je ne suis pas assez pourri pour ça, ni comme formateur, j’ai trop l’esprit de compétition. »

«On ne discute pas…»

Coacher pour vivre de nouvelles émotions, transmettre toute son expérience, et donner aussi en retour ce que le hockey lui a apporté. «On acquiert des valeurs, comme le respect, la politesse, la solidarité. A Fribourg, Slava et Andreï étaient les seuls à venir serrer la main à chaque joueur avant un match. Ils ne se mettaient jamais au-dessus du collectif, mais toujours à son service. Exemplaire…»

A ce titre, les joueurs du Forward savent à quoi s’en tenir. «On ne discute pas les ordres d’un entraîneur. Chaque joueur est un maillon d’une chaîne, et s’il ne tient pas sa place, il risque de la rompre. Il faut parfois savoir prendre les décisions qui s’imposent…» En cette période estivale, Bobillier a déjà repris les entraînements avec l’équipe morgienne («Je n’aimais pas trop ça, les entraînements d’été, mais ne le notez pas!») Il se réjouit déjà de tenter de relever le défi qui l’attend – la promotion en 1religue – au sein d’un groupe de qualité et d’un club ambitieux. «Tout le monde doit être prêt à faire des sacrifices. J’aimerais que Forward ait un championnat disputé, pour que les joueurs soient prêts à se serrer les coudes lors des play-off. » Quitte à perdre quelques matches. «Jusqu’à quel niveau je veux aller? Comme quand j’étais joueur: je ne me fixe pas de limites, je ne ferme aucune porte…»

 

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