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Goran Bezina, la force tranquille
Pierre Masson
Après avoir tenté sa chance aux Etats-Unis, Goran Bezina s’est imposé comme le leader charismatique de la défense de Genève Servette, vice-champion suisse. Rencontre avec un passionné de sport, qui adore la région.
Saint-Prex
C‘est une chaude journée d’été dans une coquette villa de Saint-Prex, inondée de soleil. Goran Bezina, cuillère à la main, donne à manger à son fils Nicolas, 11 mois, en vrai papa poule. A côté de lui, sa femme Carole, qu’il a rencontrée à l’école à 15 ans, débarrasse la table.
C’est dans ce cadre familial idyllique que Goran se ressource, avant d’attaquer une nouvelle saison, qu’il espère aussi riche en émotions que la précédente. Face aux ours bernois, Servette n’a capitulé que dans le dernier match d’une finale extrêmement intense et pleine de rebondissements. «De crever comme ça au poteau, ça fait extrêmement mal. Mais avec du recul, je me dis qu’on a réalisé une superbe saison. On a fini à un point de Berne alors qu’on nous voyait 8 ou 9e au départ. L’ambiance pour le dernier match aux Vernets était incroyable…»
American way of life
Goran Bezina, c’est avant tout un physique. Imposant comme on les aime aux Etats-Unis où il est parti tenter sa chance en 2001. Sûr de sa force, c’est en conquérant qu’il débarque à Phoenix, précédé d’une réputation fameuse, alimentée par Wayne Gretzky himself. Incarnant avec quelques autres pionniers une Suisse enfin débarrassée de ses complexes. Las, il devra déchanter: au dernier moment, il est assigné dans le club ferme de Springfield. «J’étais jeune, je ne doutais de rien. Je ne m’étais pas préparé à subir un échec et ça m’a donné un coup au moral.»
Il ne jouera finalement «que» trois petits matchs dans la prestigieuse NHL. «Un petit su-sucre qu’on m’a donné à la fin, pour faire plaisir.» Mais l’homme ne regrette rien. «J’ai vécu trois très belles années là-bas. Tout le monde croit qu’on se tire dans les pattes dans l’antichambre de la NHL, mais c’est tout le contraire! On est obligé de tirer à la même corde. Avec mes coéquipiers, on s’est bien amusé. A notre âge, ça aurait été dommage de ne pas en profiter. On sortait au cinéma, en boîte, on se faisait de bons restos. J’aime l’«American way of life», et ça fait un moment que je projette de retourner visiter Springfield.»
Et de lancer, après une brève réflexion. «Au final, il faut arriver au bon endroit au bon moment pour s’imposer en NHL, et ce n’était pas le cas. Il y avait trop de copinage dans ce club. J’étais un défenseur peut-être aussi trop offensif pour eux.»
«Parfois ça pète»
En 2004, le «colosse» rejoint Servette. C’est le début d’une romance plus ou moins mouvementée avec le big boss des Vernets Chris Mac Sorley, qui l’a nommé capitaine et érigé en homme clé de l’arrière-garde genevoise. Romance que certaines divergences tactiques n’ont pu mettre à mal. «Je défends les intérêts des joueurs, alors parfois, ça pète. Mais notre relation est empreinte d’un profond respect, car on a finalement un caractère semblable. Chris ne réserve aucun traitement de faveur. Si tu es bon, il sera même encore plus dur car il attend davantage de toi.»
Mais Goran Bezina, c’est aussi un bel exemple d’attachement au maillot suisse, et une ribambelle de sélections sous l’ère Krüger, marquée par un improbable exploit aux JO de Turin contre le Canada, censé aligner la plus grande équipe de tous les temps. «Il fallait y être pour comprendre. Un souvenir incroyable.» Hélas pour lui, une blessure l’a empêché de participer à ceux de Vancouver cette année. «J’ai participé à la cérémonie d’ouverture. Jusqu’au bout, j’ai espéré pouvoir jouer, en m’entraînant sous piqûres.»
A 30 ans, Goran Bezina n’envisage pas de ranger les patins. Il avoue une passion toujours intacte, même au moment d’attaquer les entraînements d’été. «J’exerce un des plus beaux métiers du monde. Pouvoir vivre de ma passion, c’est une chance. J’essaie de profiter de la vie un maximum. Les sacrifices en valent la peine.»
De quoi espérer le voir un jour évoluer sous le chandail lausannois ou morgien? Il n’exclut pas cette hypothèse. Installé à Saint-Prex depuis quelques années, il confesse apprécier énormément la région, où se sont installés d’autres amis à lui, tels Olivier Keller avec qui il s’essaye au kitesurf sur le Léman. Quand il ne part pas en vacances en Croatie, le pays où il est né. «Le Parc de l’Indépendance, le Vieux-Bourg: c’est une région magnifique, dont j’aime la mentalité. Même si au fond de moi, je resterai toujours Valaisan!»









