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Critique

Un plaisir irradiant

Donatella Romeo 12.11.2014 18:53

Les Palmes de Monsieur Schutz, ce sont 1000 représentations à sa sortie, quatre Molières en 1990 (dont 11 nominations), des adaptations dans 21 pays, une adaptation cinématographique par Claude Pinoteau avec Isabelle Huppert, Charles Berling et Philippe Noiret. Forcément, avec un tel palmarès, il était difficile de ne pas avoir envie d’aller au Théâtre de Beausobre mardi soir pour assister à la nouvelle adaptation de la pièce de Jean-Noël Fenwick.

 La pièce ne paie pas de mine. Des briques apparentes, de drôles d’instruments de mesure, des carreaux qui laissent à peine deviner la neige qui tombe dehors et un poêle privé de son charbon. Un certain Pierre Curie, professeur et chercheur à l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris, entre en scène. Dès le nom du personnage principal – magistralement interprété par Benjamin Egner – , le public connaît la suite : une scientifique polonaise du nom de Marie Sklodowska va rejoindre ses travaux, ils vont se marier, avoir deux enfants et – l’essentiel – découvrir la radioactivité. Mais c’est mal connaître Jean-Noël Fenwick que de penser qu’il ne s’agit que d’une biographie. L’auteur mêle le réalisme de l’histoire du couple et de son travail (fort bien vulgarisé) aux dialogues imaginés et codes les plus efficaces de la comédie. Parce qu’à cette histoire de science et d’amour, Monsieur Schutz, directeur de l’école obnubilé par l’idée d’obtenir une palme académique, Mademoiselle Georgette, l’ex-serveuse du bar d’à côté devenue nounou du couple Curie, et Bichro, le compère scientifique recyclé en inventeur, viennent apporter leur ion de comédie à la molécule de la pièce.

 

Histoire de 1895 écrite dans les années 80, les thématiques abordées telles que le progrès, l’éthique scientifique ou la place de la femme dans la compétitivité du travail donnent à la pièce une résonance des plus contemporaines et accrochent le spectateur malgré la dominante humoristique de la pièce. Les dialogues vifs, les calembours bien sentis, la mise en scène dynamique et le magnifique jeu des acteurs ne permettent pas au spectateur de relâcher son attention durant les deux heures du spectacle. Et quand bien même on le laisserait, il y a fort à parier qu’il en redemanderait encore. Bref, on sort de cette pièce épuisé, mais irradié de bonheur.

Photo: Franck Harscouët

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